C'est vous qui le dites ! Spitzberg

Spitzberg 2018 – Une expédition arctique

07.04.2018 Le départ

Je suis très excité à l’idée de partir. Ça fait maintenant un an que je planifie tout le plus méticuleusement possible. Olivier m’a rejoint hier soir sur Paris. Nous peaufinons deux, trois choses en dernière minute pour le voyage mais dans l’ensemble, je suis serein, tout est OK.

Nous aurons une surprise désagréable en arrivant à l’aéroport avec un gros excédent bagages (fini la coolitude de la compagnie SAS, place à la rigueur toute allemande de la Lufthansa).

L’excitation du voyage et le départ pour le Spitzberg nous font malgré tout assez vite oublier la grosse pilule que nous venons d’ingérer.

Je ne vais pas m’attarder à faire la description du trajet en avion qui ressemble un peu à tous les autres. En revanche, l’arrivée au-dessus du Svalbard qui se fait par beau temps est magique. Je suis pleinement conscient qu’un de mes rêves d’enfant est en train de se réaliser. J’ai passé tellement de temps devant des cartes et autres globes terrestres en me disant que ça devait être fou d’aller tout là-haut…

Je suis émerveillé devant ces paysages. Devant moi se dressent des pics montagneux qui, vus du ciel ressemblent un peu aux dunes du Sahara mais ici pas de sable. Que de la neige et de la glace.

arrivée au-dessus du Spitzberg

 

Enfin, nous posons les pieds sur cette terre qui est l’une des plus septentrionales au monde.

J’étais un peu inquiet pour le transport entre l’aéroport et le centre-ville mais des bus assurent la navette pour 7€50 et nous déposent directement devant notre hôtel (le coal miner’s cabin).

Les chambres sont sans prétention et exiguës mais propres et agréables. C’est juste compliqué de faire rentrer tout le matos plus les deux bonhommes.

la chambre

 

La partie bar est quant à elle, vraiment super. On croisera plein de gens incroyables et enrichissants. Des personnes de la NASA, des géologues, des glaciologues, des passionnés de météo… Aux rencontres que nous faisons, on se rend compte que le Spitzberg est encore relativement épargné par le tourisme de masse (ceci est à nuancer avec les paquebots qui, en plus de polluer allègrement, déversent de temps en temps une quantité folle de touristes qui pensent parfois être au Groenland…).

C’est vraiment une terre d’aventure et rares sont les personnes qui arrivent ici par hasard.

08.04.2018 C’est parti

Le grand jour est arrivé. La matinée est consacrée à la récupération des armes à savoir, un pistolet qui lance des fusées de détresse (destinées à effaroucher un ours si nécessaire) et un fusil. Le Svalbard est le territoire avec la plus grande concentration d’ours polaires au monde (2000 habitants, 3000 ours environ). Il est le roi de l’arctique et chez lui sur ses terres. J’espère très franchement ne pas en croiser durant l’expédition, c’est un sujet à ne pas prendre à la légère.

Nous emportons un gros stock de cartouches en Cal.4 pour le pistolet. Elles servent à l’effarouchement mais aussi pour le système d’alarme pendant la nuit. Normalement, il faut monter des gardes la nuit afin de prévenir toute intrusion d’un plantigrade gourmand ou curieux. A deux, clairement, ce n’est pas possible, il n’est pas prévu que nous allions sur la banquise cette année, alors on dégrade un peu le niveau de sécurité.

L’idée est de planter quatre piquets sur lesquels sont disposées des cartouches autour de la tente et de tendre un fil piège entre chacun des pôles. En cas de pénétration d’un intrus, cela fait sauter la goupille qui déclenche le système, fait reculer un peu notre ami et nous laisse le temps de sortir et appliquer le protocole de sécurité « ours ».

Il faut noter que dès lors que l’on souhaite sortir de Longyearbyen (la ville principale de l’île) il faut être armé. Cela nécessite de faire des demandes administratives auprès du Sysselmannen (le gouverneur) en amont de la demande.

Nous louons donc un grand classique du coin. Un Mauser de 1942, héritage direct de l’occupation nazie. On peut encore distinguer l’aigle du 3ème Reich, la croix gammée semble avoir été polie.

Le fusil est lourd, mais c’est une arme réputée fiable.

le fusil

 

Il finira au fond de la pulka car je ne me voyais pas marcher avec durant toute l’expé.

Pour changer on a de nouveau des problèmes de carburant pour les réchauds.

Suite à une grosse galère la dernière fois, nous avons investi dans la rolls du réchaud d’expé en prenant des XGK expédition de chez MSR (nous ne sommes pas sponsorisés). Pour plus de fiabilité, on en a acheté deux.

Les locaux nous assurent qu’ils font tourner les leurs avec du carburant pour tondeuse à gazon (faute de trouver de l’essence blanche). Nous en achetons deux bidons de 5 litres.

Nous décidons de tester ça sur un parking avant de partir pour de bon. Bien nous en aura pris car les réchauds ne partent jamais. Sans doute est-ce une erreur de notre part, mais le brûleur était bon, la manip était bonne… Va savoir…

A 30 euros le bidon, ça nous fait un peu mal. Je me fais rembourser celui que nous n’avons pas ouvert, leur offre le second et on file en taxi à la station essence prendre du bon vieux SP95.

Là plus de problème, il faudra juste prévoir une bonne révision en rentrant.

A 13H00, nos pilotes de motoneiges sont présents pour nous transporter jusqu’à Passhytta, lieu de départ officiel de l’expé.

Le voyage est agréable dans la vallée d’Adventalen (il peut pour 200€ par personne). Petit à petit, on s’enfonce dans le big wild. C’est fou d’être ici.

Arrivés à la limite de la zone autorisée aux snowmobiles, les moteurs s’arrêtent, tout le matériel est descendu des traîneaux, un des guides se veut rassurant, en me disant que le matos est OK (ça fait plaisir à entendre) puis les pilotes, rallument les moteurs et s’éloignent.

5 minutes plus tard, on voit les deux engins réapparaître…

Peu habitués à nous déplacer armés, nous avions oublié le fusil dans le coffre prévu à cet effet.

On les remercie chaleureusement, ils disparaissent de nouveau. Cette fois, nous y sommes ! Seuls face à la nature, à ces territoires aussi beaux qu’hostiles.

le départ

 

Arrivés à 15h00, nous marchons deux heures puis montons le camp en prenant notre temps. Les premiers pas sont exaltants, je prends soin de savourer chaque seconde. Les conditions météo sont de notre côté et nous permettent de prendre nos marques gentiment.

le premier bivouac

09.04.2018

Réveil 8h, petit déjeuner, démontage du camp, départ 11h00.

Nous devons commencer par passer un col. Les pulkas sont lourdes mais la préparation physique des derniers mois porte ses fruits. La progression est bonne et nous prenons du plaisir. Arrivés proches du sommet il faut passer une barrière naturelle formée par une moraine. C’est un mur qui nous oblige à unir nos forces pour faire franchir les pulkas.

col

 

Le sommet est balayé par les vents mais il fait beau et les paysages sont magnifiques. Le temps de faire un point topo avec le GPS et nous attaquons la descente.

Arrêt de la progression à 17h00 – Coucher 23h00.

10.04.2018

camp 2

 

Ce matin nous devons faire un choix. Soit franchir une corniche d’une dizaine de mètres pour se conformer à l’itinéraire planifié, soit suivre le lit de la rivière où nous nous trouvons et rallonger d’environ 1.5km le trajet du jour. Cette distance en plus m’inquiète moins que la glace vive que je vois au loin.

Très franchement, la corniche représente un mur quasiment infranchissable. La décision est prise de poursuivre en fond de thalweg avant de pénétrer pour de bon dans la vallée de Reindalen.

Ma crainte se confirme rapidement. Beaucoup de glace vive qui nous empêche d’adhérer correctement avec nos skis. Sous l’effet du vent, nos pulkas et nos corps forment un ballet improbable qui est assez risible.

Les meilleures choses ayant une fin, nous voici face à un immense boulevard… La vallée de Reindalen, grandiose, sublime, les couleurs sont magiques. Il fait grand beau, c’est du meilleur effet !

Et ce silence… Aucun bruit ne vient troubler la quiétude du lieu, pas de vent, rien…

A part nous, il n’y a personne. Ni homme, ni animal, pas même un oiseau à portée de vue.

dans la vallée

 

Nous avons pris un peu d’avance sur la distance à parcourir et le camp est monté comme d’habitude vers 18H.

Il fera -28°C ce soir-là. Je fais quelques plans avec le drone (j’ai en mémoire une équipe de journalistes de TF1 rencontrés à Longyearbyen qui m’a dit : quand une occasion se présente de filmer, saisis la… Tu as de grandes chances que ça se dégrade dans les 20minutes qui suivent…). Le froid a rapidement raison de mes doigts, et je pose l’appareil avec difficulté tant je ne sens plus rien dans mes gants.

Le soir dans la tente, je n’ai pas froid, tout va bien.

vue du ciel

11 et 12.04.2018

Définitivement, la journée d’hier était sublime ! Celle que nous allons vivre aujourd’hui va l’être tout autant mais à sa manière. La progression se fait très bien, il n’y a pas de difficulté majeure avec le terrain. Par contre depuis quelques temps, une douleur est apparue au niveau des malléoles à cause des chaussures. Neuves, je les avais testées dans le Vercors et m’étais aperçu qu’elles me faisaient des points d’irritation et deux ampoules. Prévoyant, j’avais mis des compeed en préventif à cet endroit.

Hélas, si j’ai pu éviter les ampoules sans problème, le mal était plus profond et je n’ai pas pu éviter des douleurs intenses… J’ai tout essayé, j’ai marché complètement délacé, très serré, je me suis fait des sortes de cales avec des paquets de kleenex que j’ai placé sous mes talons… Elles ont fini par doubler de volume. Je ne comprends pas… Il y a une partie de plastique censé apporter de la rigidité et visiblement, c’est parfaitement mal placé pour moi. Mais quand même, je ne dois pas être le seul à avoir ce problème… 9a gâche un peu mon plaisir lorsque je marche. Ça me fait râler aussi parce que je me sens en pleine forme sur le reste, je pète le feu mais j’avance à presque à reculons. Je suis au milieu de rien, il n’est pas question pour moi d’appeler les secours…

L’avantage d’avoir tiré cinq d’armée, c’est que ça forge aussi un peu le mental. J’applique donc les trois points suivants :

  • Ferme ta gueule
  • Serre les dents
  • Avance

Bon de temps en temps, j’exprimerai verbalement une certaine aigreur.

Après déjeuner, le vent se lève dans la vallée et nous amène une brume épaisse. Nous n’avons plus aucun repère, un bon gros white out des familles. Je sais aussi que nous avons de l’avance sur le programme alors nous restons sereins.

Et puis avec un GPS, on n’est jamais vraiment perdu (tant qu’il fonctionne).

Je fais des points topo réguliers et entre chacun d’entre eux, je m’oriente à l’aide des rubans fixés à mes bâtons. Ils me donnent la direction du vent et donc une direction de marche. Ça marche très bien, mais il faut être vigilant, dans cette région du globe, le vent change très souvent de sens.

Nous n’y voyons rien mais l’ambiance est magique, les lumières sont dingues, je n’ai jamais vu autant de nuances de gris (et rien à voir avec le livre, quoiqu’à bien y réfléchir, il faut aimer aussi un peu souffrir pour être là).

J’ai l’impression de flotter dans du coton. C’est une expérience inédite et très particulière. Parfois j’ai l’impression de me diriger droit dans un gouffre. A d’autres moments, je distingue un halo de soleil à travers le brouillard.

le white out se lève

 

L’Arctique refuse la facilité, le confort, la sécurité mais si tu te donnes de t’adapter à ton milieu, d’y vivre et parfois d’y survivre, tu seras récompensé de la plus belle des manières.

Lorsqu’enfin nous retrouvons un peu de visibilité, Olivier voit deux rennes au loin. Au début, nous pensions qu’il s’agissait de rochers mais l’observation aux jumelles permet de confirmer l’agréable surprise.

Il n’y a pas de rennes d’élevage au Svalbard, uniquement des sauvages. Ils ont pour caractéristique d’avoir des pattes plus courtes que leurs congénères du continent.

Ils s’avèrent curieux et nous tiendront compagnie jusqu’au lendemain.

les rennes

 

Nous avions décidé de passer deux nuits au camp 4. Nous voulions une journée détente pour profiter simplement du temps qui passe.

La météo exécrable du lendemain ne permettra ni de faire un tour sans sac ni pulka, ni de faire voler le drone.

On entend un renard polaire sur le flanc de la montagne. Il est assez proche mais son camouflage efficace nous empêche de l’observer.

Nous craignons les ours, mais je m’inquiète maintenant de me faire voler de la nourriture. C’est la première fois que je suis confronté à ces animaux. Je connais la réputation des renards roux et si ceux-là sont aussi malins qu’ils sont mignons, je préfère prendre des précautions. On réalise donc un coffrage avec les deux pulkas qu’on sangle fermement.

la routine

13.04.2018

Un jour spécial pour moi. C’est l’anniversaire de ma mère. Elle aurait eu 68 ans aujourd’hui. Je me persuade donc que ça sera une belle journée. Que nenni, elle a dû souffler sacrément fort ses bougies au paradis, parce qu’en bas c’était l’apocalypse…

Toute la matinée on en prend plein la gueule. On réussit à plier la tente assez facilement au bénéfice d’une accalmie. Elle ne durera pas. Ce sont maintenant des vents à 70-80km/h qui s’installent. Ils nous balayent sur le flanc droit. C’est très dur. Nous trouvons un peu de calme à l’heure du déjeuner à la faveur d’un thalweg encaissé. Ça fait du bien de reprendre ses esprits.

on progresse

 

Encore une pause déj à base de Wasa et saucisson du marin. Le midi, c’est beaucoup trop long de manger chaud (25 min pour faire fondre la neige puis bouillir 1.5 L d’eau et réhydrater les plats lyophilisés).

On reprend ensuite la progression et croisons un groupe mené par un tour operator.

Cela faisait bien longtemps que nous n’avions pas croisé d’autres humains. La rencontre et brève mais elle apporte de la joie.  Ça fait tellement de bien de communiquer en dehors du binôme. Bien sûr j’ai Olivier avec qui parler mais c’est une relation tellement fusionnelle en expé que j’ai un peu l’impression de ne faire qu’un avec lui-même sur la parole. D’ailleurs, pour les choses du quotidien, nous n’avons même plus besoin de parler, nos gestes sont coordonnés à la quasi perfection.

Le guide nous invite à suivre ses traces un peu plus haut car il y a de l’eau libre au fond de la vallée. Nous ne voulons pas tenter le diable.

Cela implique de ressortir du lit de la rivière et devoir à nouveau faire franchir ce qui me semble un mur aux pulkas.

Nous nous aidons mutuellement. Seul, je ne vois pas comment je pourrais y’arriver. Un qui tracte avec le harnais, l’autre qui pousse.

Lorsque nous décidons de monter le camp vers 17h30, nous sommes fourbus !

14.04.2018

 

Au réveil, nous avons de plus en plus de mal à faire sécher les duvets. Ce n’est pas faute d’aérer un maximum la tente pendant la nuit mais la condensation est importante par de telles températures et nos sacs de couchage en font largement les frais. Il y’a maintenant beaucoup d’humidité. Je n’ai pas vraiment froid, mais c’est très désagréable d’avoir la sensation de ne pas dormir au sec.

Nous essayons de les sécher le matin, mais de la glace se forme instantanément et le soir, la chaleur de nos corps fait fondre les cristaux de glace préalablement formés. J’ai beau frotter activement le duvet avec la brosse à ongles, rien n’y fait. C’est vraiment LE truc qu’il faudra que je règle lors des prochaines expéditions.

La première des choses qui m’arrive le matin une fois que je suis sorti du duvet, c’est perdre la sensation au bout des pieds à cause du froid. La première de mes préoccupations est donc de retrouver un peu de chaleur à cet endroit et des picotements salvateurs. Pour ça (et contrairement à l’année dernière) les chaussures que nous avons achetées cette année font super bien le boulot, de vraies pantoufles…

Bon matos, rien à dire. Je suis très loin de penser la même chose des pompes de skis.

Comme d’habitude, réveil vers 8h00, départ vers 10h30. Nous continuons la progression en surplomb de la rivière.

Finalement un point GPS nous obligera à revenir sur nos pas (erreur topo d’environ 2km au total).

Nous étions redescendus en fond de vallée sur la rivière gelée et avions bien observé les traces du groupe passé hier qui remontaient de l’autre côté. La flemme, nous avait poussés à tenter le chemin le plus facile avant qu’on se rende compte que nous n’avions pas le choix et qu’il fallait encore se taper un mur.

Nous avons donc fait la trace pour rien dans de la bonne fraîche bien épaisse pour rien… Tant pis, je capitalise de l’expérience (même si sur le moment, je ne vois pas ça de cet œil).

Rebelote pour le manège habituel, déchausser, un au harnais, l’autre qui pousse et qui éviter à la pulka de partir dans l’pentu. Recommencer avec le deuxième traîneau puis aller chercher sacs à dos et skis, manger un bout, boire un coup, souffler un peu reprendre la marche.

La montée est rude, la pulka pèse toujours un âne mort, j’en bave un max avec mes chevilles mais je prends quand même du plaisir.

Je me souviens m’être répété à de nombreuses reprises « que c’est beau ! … mais que c’est dur… Mais que c’est beau ! »

Signe que nous revenons vers la civilisation, nous recroisons un groupe de 9 personnes dont 8 nanas, des locaux cette fois. Une des norvégiennes (la cinquantaine) parle un français excellent. Elle me dit qu’elle a appris en un an en vivant sur Paris. Ça fait vraiment du bien de discuter à nouveau. On fait durer un peu le truc. Je suis satisfait de noter une pointe d’admiration de leur part de nous voir voyager à deux. On dirait bien aussi que dans leur esprit, nous sommes un peu inconscients et peu au fait du risque « ours » (et pourtant leur présence potentielle, m’aura obsédé tout au long du chemin). Cette interlude passé, on se remet en route pour 2h avant de franchir le col (enfin).

Nous décidons de redescendre un peu pour aller monter le camp à proximité d’un lac gelé et au pied d’un glacier.

On y trouve les traces d’un bivouac monté plus tôt (sans doute le groupe croisé dans la journée).

Le vent forcit sérieusement, nous orientons la tente en conséquence puis montons un mur de neige en protection (sur ce point les avis divergent quant à l’utilité d’un mur, ce dernier pourrait dégrader les qualités aérodynamiques des tentes en créant des turbulences. Pour ma part je préfère calmer les ardeurs d’un vent à 80km/h). La baston est là…

Et sans mentir, à peine posée la dernière brique de glace, le vent tourne à 90°… Si c’était la première fois qu’on nous faisait le coup… Il est vraiment hallucinant ce bled… Ras le bol, on laisse comme ça et on file se réfugier à l’intérieur.

construction d’un mur

 

Je sens que la fatigue physique arrive, ce soir, tout m’a demandé un effort surhumain.

La nuit sera dantesque, on va se faire sérieusement secouer. Je ne compte plus le nombre de fois où les assauts du vent me réveillent et où je pousse un « whow, c’est chaud ».

La tente résistera encore une fois de manière admirable. Elle est pénible à monter cette petite VE25 avec ses scratchs qu’il faut mettre un à un pour fixer le double toit aux arceaux mais, c’est du costaud.

15/04/2018

Ce sera le dernier jour de marche.

Il reste environ 9km à parcourir pour rejoindre la route où nous appellerons un taxi pour retrouver Longyearbyen.

Je ne sais pas si c’est la perspective de retrouver la civilisation, mais ce matin j’ai beaucoup de mal à me réchauffer. Que de la descente au programme. La norvégienne avec qui nous avions discuté m’avait bien prévenu que la descente du glacier Scott Turner était raide, mais franchement, je ne m’attendais pas à ça. Pour descendre, le système de traction à corde est une plaie (c’est décidé la prochaine fois ce sera brancard avec cordes en secours ou sur le plat). Impossible de gérer quand c’est trop pentu, il faut la retenir en permanence, et il y ‘a trop de rocher pour faire de la lugepulka…

J’avance peu, je piétine beaucoup, et je sens de moins en moins mon pied gauche… Au début rien d’inquiétant mais c’est la première fois que j’en viens à ne plus rien sentir sur toute la moitié avant du pied (pourquoi que le pied gauche, va savoir…). Tant est si bien que je finis quand même par m’inquiéter un peu.

Pour cette raison et, je dois l’avouer aussi un peu de rage, d’en baver encore plus à la descente qu’à la montée, je décide de me détacher et de laisser la pulka descendre toute seule… Sauf que fausse bonne idée, le traineau prend une vitesse folle, saute par-dessus des rochers, fini par un dernier jump avant que je ne la perde de vue… Tiens je n’avais pas anticipé ça… Je me dis que j’ai été très très bête de faire une chose pareille !!! Je vois Olivier pendant ce temps qui descend avec assurance et son flegme légendaire.

J’ai oublié mon pied et me hâte de descendre. Je finis par retrouver la belle 200m plus loin. Elle s’est gentiment posée sur le côté avec tout son chargement intact. C’est à peine si elle a quelques rayures au-dessous et pourtant elle s’en est mangé des cailloux… La snowsled expedition, c’est du balèze !

la fameuse Pulka

 

Note à moi-même cependant : NE PLUS FAIRE CA !

On rejoint ensuite une piste de chiens de traîneaux par laquelle monte les touristes qui vont visiter la grotte de glace.

On voit beaucoup d’équipages et la descente me paraît maintenant du velours ! On skie beaucoup sur les cacas de chiens et je retrouve un certain sentiment de sécurité. Cette impression que s’il nous arrive un truc maintenant, ce n’est plus un problème, on viendra nous chercher.

Je profite aussi à fond des paysages, de ces espaces grandioses. Je savoure aussi le goût de la victoire, on l’a fait ! C’était un rêve de gosse et je trouve qu’on s’est plutôt bien débrouillés au milieu de cette immensité gelée.

Karl

 

On retrouve aussi du réseau pendant la pause déjeuner. C’est une avalanche de notifications Facebook, Instagram, mails… Je m’empresse d’éteindre le téléphone, je ne me sens pas du tout prêt pour une reconnexion immédiate avec le monde réel.

Le taxi vient nous récupérer et nous ramène au coal miner’s cabin.

en attendant le taxi

 

Vient ensuite le moment tant attendu après une expédition : La douche et de vrais toilettes ! L’intensité de cette joie est difficile à décrire tant qu’on ne l’a pas vécue… On se remet en condition et on descend engloutir un burger en ville où nous faisons la rencontre de deux français, férus de météo venus voir eux aussi, comment c’est là-haut. Agréable moment d’échange.

Une de mes grandes satisfactions en expédition c’est deux satisfaire à la fois les deux niveaux extrêmes de la pyramide de Maslow : les besoins physiologiques qui correspondent à peu près à de la survie et dans le même temps, celui d’accomplissement.

Il est maintenant l’heure d’un repos bien mérité, le lit est un nuage…

Nous reviendrons Olivier et moi, plus amis que jamais, car de l’adversité naît la vérité des sentiments.

l’amitié

 

FIN

 

7 commentaires

Manini Charles

Un beau récit, de la simplicité, de l’amitié, des paysages, de l’ambiance et du partage, c’est ça l’aventure, des gars presque ordinaires qui nous font vivre des moments extraordinaires.
Continue comme ça Karl, t’es sur la bonne voie, tu ne t’es pas trompé de chemin…

Réponse
VICENTE ANDRE

Bonjour, je suis tombé sur le récit par hasard. C’est vivant, j’y étais presque… Bravo à vous deux et merci de le partager !

Réponse
lionel

salut je suis un ami d olivier bravo a vous deux que du reve et le bonheur de cette expedition a deux bravo carl et olivier ça fait rever et donne envie ps carl j etait un patient de votre papa slts

Réponse
marion

Quel magnifique témoignage humain et sportif ! bravo
et quel courage de camper non loin des ours polaires.
très bonne continuation à vous deux.

Marion

Réponse
Blanc

Bravo pour votre courage dans se froid extrême et merci de nous avoir fait part de votre récit !

Réponse

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