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Arctic Stories : Storasjofallets & Sarek

Suède  : Storasjofallets & Sarek – Février 2017

Quand deux amis d’enfance Zit (Olivier) et Karl (moi-même) partent pour des aventures polaires…

Jour 1 – 20/02/2017

06H30 Le taxi version XXL que nous avions réservé se gare dans la rue, en bas de l’appartement. Excités comme jamais à l’idée de partir, on était déjà sur le pied de guerre en train d’attendre avec tous les bagages dans la nuit (pas si froide de ce début février).

Cela fait des mois que l’on prépare l’expé, on est surmotivés pour charger les 90Kg de matériel dans le van qui nous emmènera à Roissy. On attend longtemps à l’aéroport avant de pouvoir faire le check-in des bagages (un gros sac contenant la pulka et toutes affaires se trouvant à l’intérieur + un sac à skis) et se débarrasser de ces sacs ultra volumineux (la manœuvre bagages dans les chicanes d’attente avant de passer à l’émission des tickets était épique).

La veille du départ, tout est prêt!

 

Bonne surprise, bien que légèrement excédentaires en poids (pesée faite à la maison), nous ne payons pas de supplément. A vrai dire les filles hallucinent complètement sur la taille et préfèrent nous faire confiance plutôt que devoir les soulever.

Une fois en zone internationale et confortablement installés, on se rend compte (grâce à ma merveilleuse épouse) que nous n’avons pas récupéré les reçus suite à l’enregistrement de nos affaires… Si les bagages se perdent, on est clairement mal. Une maxime dit que quand on n’a pas de tête on a des jambes… Sur le coup c’est Zit qui se charge de faire machine arrière, obtenir les documents nécessaires et se re-coltiner les formalités de contrôle. On a pu le prendre à la cool car nous étions larges sur le temps.

Le voyage se passe à merveille. L’arrivée sur Kiruna après une escale à Stockholm se fait sans nuage et de jour ce qui nous permet d’admirer, vu du ciel les paysages arctiques dans lesquels nous allons bientôt nous immerger.

Quelques minutes avant atterrissage à Kiruna.

 

On est fous de joie d’y être enfin ! On se rend sans perdre de temps à l’agence de location où nous attend la voiture (c’est souvent un bon plan de louer, pas de perte de temps avec le bus et le train pour un prix relativement correct =200€ la semaine. Quand on est juste niveau congés et qu’on ne part qu’une semaine, c’est rentable).

Le tarmac de Kiruna, enfin!

 

La voiture en question est une Golf. Vous avez vu la quantité de matos qu’on se traîne, autant dire que ça tenait de l’exploit de réussir à tout rentrer dedans (je regrette de ne pas avoir pris de photo d’ailleurs). Le confort de voyage s’en fera un peu ressentir puisque Zit et moi aurons l’impression d’avoir les genoux dans la bouche tout le long du trajet.

On fait une escale rapide sur Kiruna pour remplir le jerrican d’essence (pour le réchaud) et nous prenons la route. Rapidement, on croise un élan sur le bord de la route (ce sera le seul du voyage). C’est furtif, mais je suis ravi d’avoir vu mon 1er Moose !

Arrêt resto à Galliväre où on se fait un dernier repas digne de ce nom. Le resto est sympa et typé plutôt chic. Le serveur à l’air un peu blasé de voir deux mecs habillés pour leur expé et à l’air de se demander ce qu’on fait là, il nous met d’ailleurs le plus au fond de la salle possible. Ça nous fait marrer, et on profite d’un super repas en mode tête à tête avant d’attaquer la nourriture lyophilisée.

Dîner love to love à Gällivare avant 1 semaine de repas lyophilisés.

 

Nous reprenons la voiture vers 20h30. A la bifurcation où l’on quitte l’E10 pour rejoindre Vietas puis Ritsem, la route devient plus compliquée avec pas mal de neige, de vent et quelques belles congères. Les pneus cloutés tiennent vraiment bien la route, pas de problème de ce côté-là. La Golf se transforme vite en voiture de rallye, et j’ai l’impression d’être Sébastien Loeb pendant l’épreuve de Finlande (bon OK, j’me chauffe un peu, en vrai j’allais à 20km/h parce que je n’y voyais rien, mais ambiance quand même)…

22h30: Biiiiim on arrive à Ritsem, la route aura été fun mais éprouvante. On est bien, bien vannés mais il nous faut maintenant préparer un minimum les pulkas et les passer en configuration « expé » pour perdre un minimum de temps le lendemain. Ça nous prend une bonne demi-heure sous l’auvent du STF (les refuges locaux) et puis on recharge tout dans la voiture avant de se mettre en quête d’un endroit pour stationner et passer la nuit.

On finit par s’échouer à côté d’une caravane. Comme prévu on dort dans la voiture, il n’est clairement pas question de monter la tente à cette heure-ci. On s’installe dans nos duvets douillets (0h30) et … on passe une nuit horrible… Comme quoi parfois, être partisans du moindre effort n’est pas la meilleure option !

Jour 2 – 21/02/2017

Réveil neigeux et frais. Cette journée commence à merveille, j’ai dû manger quelque chose de louche hier car mon estomac me joue des tours ce matin. Quoi de mieux pour se mettre dans l’ambiance que commencer le trip par creuser un trou dans la neige afin de devoir satisfaire des besoins naturels à -17°C ?…

Une fois que tout est OK de ce côté, je peux enfin prendre le temps de contempler le lac Akkajaure et le AKKHA majestueux qui se dresse face à moi dans la lumière naissante du jour.

1er réveil. Je viens de sortir de mon duvet, le soleil va se lever et l’ambiance est magique.

 

Émerveillement, sourire de gosse jusqu’aux oreilles, grosse joie!

Zit émerge doucement. Il a dormi à la place du conducteur et, devant se contorsionner pour s’extraire du duvet, donne un coup de klaxon qui aura pour effet de réveiller nos chers voisins occupant la caravane, il est 7h00. Lorsque nous leur demandons si on peut laisser la voiture à côté d’eux pour la semaine à venir, ils s’empressent de nous indiquer le parking pour les touristes à 500m et se débarrasser des deux boulets.

On prend le temps de déjeuner et on bouge la voiture à l’endroit indiqué. Le moment est enfin venu de sortir les skis, les pulkas et commencer la glisse. Un local nous indique qu’il est important de suivre le ice track des snowmobiles et de ne pas tirer tout droit en raison d’une glace trop fine. Ça nous rallonge de trois kilomètres mais la perspective de passer au travers de la glace avec les skis aux pieds et la pulka accrochée dans le dos ne nous incite pas à vouloir faire preuve de trop de témérité…

Les premières sensations sont bonnes, la pulka glisse bien sur le plat. Une fois au milieu du lac (d’une largeur de 10Km), le sentiment d’immensité est impressionnant quand on le regarde dans la longueur.

Sur le lac Akkajaure nous ne sommes pas Jésus mais on marche sur l’eau.

 

Les deux premières heures sont marrantes mais dans cet environnement, la perception des distances est largement faussée et rejoindre l’autre rive finit par nous paraître IN-TER-MI-NABLE…

Il y a pas mal de glace vive qui laisse apparaître beaucoup de fissures. Sans doute que c’est tout à fait normal, mais quand vous n’avez jamais joué à Jésus marchant sur l’eau, ben vous flippez un peu…

Je passe la dernière heure de traversée à me faire le plus léger possible. Enfin arrivés de l’autre côté une pause repas s’impose. On sort le réchaud pour préparer des nouilles chinoises vite fait, bien fait. C’est à cet instant que nous allons commettre une erreur que nous paierons cher les jours suivants.

Pour allumer le feu, on décide d’utiliser une allumette « tout temps ». Sauf qu’elle se brise, tombe dans le brûleur juste à côté de l’injecteur et, pour qui a déjà allumé à un réchaud à combustible liquide, sait qu’il est impossible d’en arrêter la combustion à cet instant. L’allumette encrasse tout, le réchaud est plein de suie. On arrive tant bien que mal à faire frémir un peu d’eau. Le résultat n’est pas brillant et on finit par manger des pâtes mal réhydratées et froides.

Ce n’est pas si grave après tout, on savoure tellement d’être là ! On replie le matériel et on reprend la progression. Il est maintenant clair que nous n’atteindrons pas le camp 1 où, sur le papier, quand j’avais fait l’itinéraire depuis mon salon, nous avions prévu de dormir.

C’est le terrain qui commande et j’avais été très optimiste … On s’arrête pour monter le bivouac vers 15h30, à 500 mètres du pont qui nous permettra de traverser un torrent.

Sur le lac Akkajaure nous ne sommes pas Jésus mais on marche sur l’eau.

 

1 seul point de passage, mais c’est beau! 

 

Le montage de la tente se fait sans problème, l’entrainement  dans le bois de Vincennes porte ses fruits. Au moment de manger, c’est une autre histoire. Le réchaud ne fonctionne pas ou mal. La flamme est instable ou s’éteint purement et simplement.

Quand tu n’as pas de tente mess, tu as froid aux fesses.

 

Si tu ne peux pas faire chauffer, tu ne bois pas, tu ne manges pas, tu n’avances pas, c’est la cata…

On se rabat sur les barres de céréales et les noix mais ça manque de calories après une journée comme ça et à des latitudes pareilles. Heureusement, il nous reste un peu d’eau qui n’a pas gelée dans les thermos. Le moral en prend un coup, car sans réchaud, c’est retour au point de départ sans passer par la case Sarek…

Pour l’instant la priorité est au repos afin d’avoir les idées claires demain et prendre les bonnes décisions. La nuit est agréable  et nous permet de reprendre des forces.

Jour 3 – 22/02/2017

D’expérience, je sais que sortir d’un duvet bien chaud lorsque la température est largement négative n’est pas hyper agréable. Dans la tente, absolument tout est couvert de givre, des sacs à pulkas aux fermetures éclair… Quoique je touche, j’ai l’impression de poser mes doigts nus sur des glaçons. C’est marrant de se dire que dans un congélateur il fait -18°C et que dans la tente il fait -19°C…

La brosse à ongle s’avère être un outil précieux pour débarrasser le duvet du givre généré par ma respiration durant la nuit.

Je sors de la tente le premier, lève les yeux sur les crêtes des montagnes environnantes dont certaines sont couronnées d’or grâce aux premiers rayons de soleil et je comprends pourquoi je suis là, quelle est ma motivation…

Lever du jour sur les montagnes

 

Je réalise aussi que finalement, les moments de contemplations sont assez rares. On est toujours en train de s’affairer à monter le camp, à faire la topo, prendre un repère visuel au loin, tâcher de ne pas trop dériver, faire attention aux horaires, à la météo et pour finir, faire fonctionner ce fichu réchaud.

En parlant de ça, le jour 2 sera finalement OFF, pas de progression aujourd’hui. La tente reste montée et notre position inchangée.

Bivouac de nuit

 

Après de multiples essais, le remplacement de l’injecteur, de la feutrine etc… il s’avère que le réchaud ne re-fonctionne pas correctement. Impossible de stabiliser la flamme et donc de faire bouillir de l’eau. Zit et moi sommes dépités ! Fini l’éxpé, 2ème jour sur le terrain et c’est foutu, tout ça à cause d’une satanée flamme… Nous ne verrons pas le SAREK et allons pouvoir rentrer chez nous bien penauds…

De déception et de colère aussi, on ouvre la vanne d’essence à fond, une flamme jaune incontrôlée danse dans l’air. De la suie partout comme hier midi. Voilà cette fois c’est vraiment foutu. On commence à replier nos affaires.

La casserole a souffert des problèmes de réchaud.

 

Et puis, miracle, contre toute attente, alors que nous attendions patiemment qu’il rende son dernier souffle, le voilà qui repart, stabilise une belle flamme bleutée avec le bruit caractéristique du matos qui fonctionne !

On est fous de joie, on exulte, on pourrait péter les montagnes ! On en profite pour se faire des thermos de thé, boire un truc chaud et nous hydrater, le bonheur ! Ça sert aussi à ça ce genre d’expérience. Retrouver la vraie valeur des choses simples. La facilité quotidienne de n’avoir qu’à ouvrir un robinet pour avoir de l’eau courante, ce geste si simple d’ouvrir le frigo pour prendre de la nourriture et je ne parle pas du plaisir inégalé du douche chaude !

Tous nos projets reprennent maintenant vie. Il faut cependant être lucides, nous avons pris bien trop de retard entre hier et aujourd’hui pour rejoindre Mikkastugan (le cœur du parc) mais nous pouvons toujours tenter de rejoindre le Sarek tant convoité et fantasmé.

Il est trop tard pour repartir aujourd’hui. Nous décidons de mettre le temps cloué sur zone à profit pour faire une petite reconnaissance des deux premiers km qui nous attendent demain. Le pont à traverser et la forêt dense de bouleaux (en dévers qui plus est). Bien qu’on s’en doute, on ne sait pas encore vraiment à quel point on va en baver le lendemain (et ça sera le même tarif au retour… en pire…).

Au passage on repère un trou d’eau libre qui nous permet d’aller à la « pêche à l’eau ». L’eau étant potable partout, on bricole un truc avec une bouteille plastique, de la cordelette passé autour du goulot qu’on lance ensuite dans le ruisseau et qu’on fait passer ensuite sous la glace pour la remplir.

Allez Hop, deux thermos remplis, c’est 50 minutes de gagnées.

Partisan du mondre effort, chaque bouteille remontée, c’est 25min d’économisées.

 

Et dire qu’initialement, je devais me servir de la bouteille comme bouillotte (avec la méthode classique : uriner dedans)…

On se rentre avant la tombée de la nuit et on se mange un bon plat chaud. D’ailleurs c’est fou comme l’odeur des repas lyoph me dégoûte quand je suis à la ville et comme ici, j’ai l’impression qu’on vient de retirer la cloche d’un plat de la tour d’argent… Ces pâtes aux trois fromages, un délice !!!

Repus, il est temps pour nous de rejoindre gentiment Morphée, on se lève tôt demain.

Jour 4 – 23/02/2017

Réveil 5h45. On veut pouvoir avancer un maximum aujourd’hui. On prend le petit déj, un muesli au chocolat, sans lait (d’ailleurs on ne se servira pas du lait en poudre acheté). Et c’est reparti pour le rituel matinal à savoir, ranger les duvets, ranger la tente, les affaires dans les pulkas, vérifier qu’aucun déchet ne traîne derrière nous…

Ah ce plaisir matinal…

 

On quitte le camp vers 8h20. Très vite nous rejoignons le pont suspendu qui représente la première difficulté de la journée. Les rochers alentours sont pleins de glace et c’est déjà la mission de faire traverser les pulkas et les bonhommes qui les tirent.

Comme dit la maxime « seul on va plus vite, ensemble on va plus loin », c’est donc en s’entraidant qu’on franchit cet obstacle naturel. Ça nous prend quand même 20 minutes pour faire 100 petits mètres.

On est prêts pour la pub cegetel…

 

Une fois de l’autre côté, on remet les harnais, on rechausse les skis et en avant pour la forêt.

Je fais la trace, il y a une bonne couche de fraîche, un gros dévers mais la pulka réagit relativement bien. Elle se retourne quand même par deux fois.

Zit a un peu moins de chance, elle se retourne beaucoup plus souvent, c’est sans doute dû à une histoire d’équilibre et de répartition du poids dans le traîneau… Quoiqu’il en soit c’est un effort considérable à chaque fois de revenir en arrière de soulever les 35kg, remettre tout ça droit, repartir, faire 20 mètres et… recommencer…et recommencer… et recommencer…

Très vite, je commence à galérer aussi. Sur ce genre de terrain le système de traction à cordes n’est pas optimal. Autant c’est agréable hors devers et sur un espace dégagé, autant là tout de suite, j’apprécie moyennement… La pulka n’arrête pas d’aller se planter dans les arbres, j’ai toutes les peines du monde à la dompter…

Bref, deux kilomètres nous semblent une éternité !

Après une galère pas possible dans les bouleaux, on commence à y voir plus clair.

 

Même dans les moments difficiles, il y a toujours des bonnes choses. On a pu observer à plusieurs reprises l’envol de lagopèdes. Ce sont d’excellents moments qui atténuent un peu la difficulté de la progression.

A deux reprises, on va être confrontés à des raidillons bien costauds d’une trentaine de mètres. Ils sont infranchissables en tirant les pulkas, skis aux pieds. On monte donc une première fois, on laisse les skis en haut, et on redescend pour monter le reste. On y laisse pas mal d’énergie. Pourtant sur la carte, ça ne me paraissait pas si dur quand j’ai fait le tracé…

Le bonheur dans des moments comme ça!

 

Nous empruntons ensuite un vallon qui nous permet de monter sur le plateau et atteindre la frontière du Sarek. Il faut rester vigilant car de l’eau vive court régulièrement au fond du thalweg, donc il y a forcément des ponts de neige et je n’ai pas envie de passer au travers. Hormis l’attention requise, la montée est un super moment pour moi. Je suis ému d’être là, voir petit à petit les arbres se raréfier pour atteindre finalement un désert blanc.

Je pense à mon fils, lui qui a 1an et demi. Peut-être qu’un jour nous avancerons côte à côte dans cet environnement et je rêve que la passion qui m’anime pour les paysages arctiques et l’aventure le piquera lui aussi…

Impatient j’aimerais déjà que mes skis glissent à côté des siens, qu’il se rende compte de la beauté de la nature, de son hostilité aussi parfois et qu’il fasse le plein d’émotions fortes comme moi en ce moment.

L’être humain, qui se veut tout puissant ne représente ici que peu de choses. Comme c’est indiqué au Svalbard « you are the guest ». C’est une leçon d’humilité que tout un chacun devrait prendre de temps en temps. Ici, tu t’adaptes et tu profites intensément de ce que t’offre la nature, à savoir des paysages sublimes !

Après avoir vécu des moments comme ça, tu ne peux plus supporter qu’on maltraite notre belle planète.

Voilà, c’était pour la partie introspection. Il faut cependant revenir à la réalité car nous arrivons sur le plateau aux portes du Sarek et les conditions météo deviennent funky.

Il est 15h30, ça fait 7h00 qu’on marche et ça y’est, nous sommes dans le parc ! On célèbre rapidement notre petite victoire et on pense à la suite.

Il fait vraiment froid, l’effet windchill n’arrange rien avec des rafales à 70km/h. Zit est bien crevé et malgré ça, il ne démérite jamais. Il ne lâche rien et creuse le trou qui permettra de mettre le réchaud ce soir. Monter la tente dans ces conditions n’est pas la chose la plus marrante du séjour mais ça fait des souvenirs et permet aussi de gagner en compétences par météo difficile.

Zit finit par aller se mettre au chaud le temps que je finisse par monter un mur de neige en protection et d’aller ensuite le rejoindre pour une sieste bien méritée. Ça fait du bien de se mettre au chaud, il est maintenant 18h30.

Je suis content car j’ai la confirmation qu’Olivier est un excellent compagnon d’aventure. Il a repoussé ses limites physiques comme il n’avait (de son propre aveu) sans doute jamais eu à le faire. C’est dans ces moment-là que les personnalités se révèlent et il a eu un comportement très sain, en restant d’humeur égale et volontaire. Chapeau mon pote.

On émerge vers 21h30, ce qui n’est pas grave car dans ce genre d’aventure. La notion au temps est différente. Il n y a plus de contrainte horaire, on fait ce qu’il y a faire, quand il faut le faire.

Par contre, bien emmitouflés dans nos duvets, la dernière des choses qu’on veut faire est sortir dans cet enfer glacé ! Dehors c’est la désolation. Du vent, beaucoup de vent, de la glace qui vient te fouetter le visage en permanence… Situation précaire, mais c’est aussi pour l’adrénaline générée par ces moments qu’on fait ce genre de choses.

L’inertie c’est la mort, le mouvement, la vie. Comme on souhaite encore profiter de la vie (et surtout qu’on a bien les crocs) on se motive pour faire de l’eau et se faire un bon gueuleton. Comme on a pas mal d’essence et des repas en rab, on se dit même qu’on va s’offrir une double ration ce soir !

Motivés par cette perspective on finit donc par sortir et les conditions sont, comme prévu, merdiques… On fait un premier thermos de thé, jusqu’ ici, tout va bien. C’est quand on attaque le deuxième qu’on se rend compte qu’il y a quelque chose qui cloche. Au bout de 30 minutes, on obtient à peine un frémissement, les minutes passent sans constater une quelconque amélioration.

On pense alors qu’il faut faire le plein de la bouteille de fuel. Qu’à cela ne tienne, ni une, ni deux, on éteint tout. On remplit la bouteille et on rallume tout ça. Enfin on aurait voulu le rallumer mais rien ne se passe ! Il ne redémarrera jamais…

On tente tout, Zit s’acharne à remplacer le brûleur, à tout nettoyer mais à 23h30 on se rend à l’évidence, nous n’avons plus de réchaud. La mort dans l’âme et nos sachets lyophilisés déjà ouverts nous abandonnons cette partie.

La mauvaise nouvelle c’est que nous ne disposons que d’1.5l de thé, autant dire rien du tout… Nous ne pouvons plus nous nourrir correctement et bénéficier de l’apport calorique nécessaire à ce type d’effort.

Maintenant, le régime alimentaire est faire de noix et de barres de céréales que nous avions emportées en grande quantité. L’espoir réside dans le fait de retrouver la rivière que nous avons traversé ce matin pour réitérer l’opération de pêche à l’eau et remplir les thermos.

Il y a quand même pas mal de bornes à faire pour ça, la météo n’est pas de notre côté mais pour l’instant, à chaque jour suffit sa peine. La priorité est de passer une bonne nuit de sommeil.

Rationnement oblige, nous nous autorisons ½ gobelet de thé chacun avant de fermer nos paupières. Il est 0h30.

Jour 5 – 24/02/2017

Le réveil est difficile. On sent bien la tente bouger sous les assauts du vent dont l’intensité semble avoir encore forci…

Il ne faut pas traîner pour plier le camp, et redescendre dans la vallée où les conditions seront sans doute plus favorables. Le vent n’aide pas à la tâche mais nous nous en tirons plutôt bien. Pas question cependant de jouer les types maniaques à bien plier la tente comme les jours précédents. Tout rentre quand même dans les sacs en forçant un peu.

On part vite fait de là, sans même avoir pris une photo de cet endroit qu’on voulait tant rejoindre, on le regrettera plus tard. Dans l’immédiat on souffre tellement du froid, qu’on veut juste un peu de calme et se réchauffer. Le vent de face est une réelle épreuve, chaque pas coûte le double en énergie. Heureusement nous atteignons assez vite un premier vallon un peu à l’abri.

Là où la veille nous prenions d’infinies précautions pour traverser un lac en passant bien sur les bords quitte à rallonger un peu la distance, notre lassitude est telle qu’on tire tout droit aujourd’hui. Le temps compte, j’ai déjà hyper soif et il n’est pas question de boire autant que je le voudrais. Quand on arrive en bas, j’ai clairement une sacrée baisse de régime, je suis exténué !

Un des raidillons qui nous avait fait mal la veille me fait encore plus souffrir à la descente. Manquant d’énergie, je me fais entrainer par la pulka qui me fait chuter tandis qu’elle se retourne (ça sera la première fois, mais loin d’être la dernière de la journée).

Là je commence vraiment à en baver. J’ai faim, j’ai soif, mais après tout je relativise en me disant qu’à chaque malheur est bon. Ça permet de développer le goût de l’effort, la connaissance de soi, le sentiment d’accomplissement personnel. Pas de compétition ici, le seul à qui on prouve quelque chose, c’est soi-même.

Nous finissons par retrouver nos traces de la veille dans la vallée. Ça fait gagner du temps en topo et permet de moins faire souffrir celui qui est à la trace.

Nous arrivons finalement à la rivière en eau libre. Pas le choix que de prendre quelques risques en s’aventurant sur un pont de glace pour remplir les thermos via notre bouteille en plastique. J’enlève tout le matériel superflu et réussit rapidement à récupérer de l’eau. Ah ce bonheur !!!

Une fois que j’ai bu, je me rends compte que j’ai super faim. Les barres de céréales, c’est sympa, mais ça ne suffit pas. Le retour dans la forêt qui nous en a tant fait baver à l’aller hier est un enfer ! J’ai l’impression que les arbres se déplacent après mon passage pour venir se mettre sur la trajectoire de ma pulka et la bloquer. J’en ai tellement ras le bol ! Moi qui aime tant la nature, ‘faudrait pas me filer une tronçonneuse à ce moment.

Le chargement n’arrête pas de se retourner, je sature sérieusement. Et puis, comme à chaque fois, un pas après l’autre, on finit par venir à bout des difficultés. On prend notre temps pour retraverser le pont, remplissons les thermos une dernière fois sur un spot un peu plus safe et établissons le dernier camp à l’abri du vent en surplomb de la rivière.

La dernière nuit sous la tente.

 

On ne cherche pas à faire refonctionner le réchaud, notre deuil est fait de ce côté-là. Je me couche tôt, je suis crevé. Zit quant à lui se chauffe pour faire des photos avec le reflex dans la belle nuit étoilée, Il parvient même à capturer une aurore boréale à l’horizon.

Zit se motive pour prendre des photos et nous ramène celle-ci, une jolie aurore avec la milky way.

 

Last night!

 Jour 6-  25/06/2017

Je vais faire bref, ce dernier jour a été assez éprouvant. La traversée du lac nous a paru trèèèèès longue et la faim nous tenait au ventre. C’était difficile de pleinement profiter de ces derniers moments sur la glace mais on a quand même essayé de savourer autant que possible.

Sur les derniers kilomètres, le brouillard a commencé à tomber et je ne voulais pas qu’on se retrouve coincés au milieu d’une purée de pois. On a pu trouver les ressources nécessaires pour accélérer et retrouver les voitures sans encombre.

C’est la fin, nous avons rejoint la voiture, après la photo on cherche un resto!

 

On a donné l’essence qui nous restait à un Sami et discuté un peu avec lui. Il s’apprêtait à partir pour un recensement des lynxs du parc (ils profitent de l’hiver pour repérer les traces et les suivre, sans ça, ces animaux sont trop sauvages pour être repérés). Très franchement il nous aurait proposé de monter derrière lui, on avait beau avoir sacrément faim, je crois qu’on repartait tout de suite…

On a apprécié le voyage de retour en voiture vers Kiruna. Les paysages étaient magnifiques avec une lumière sublime. On a pu voir pas mal de rennes aussi.

L’envie de confort nous a poussés à passer la nuit dans l’hôtel un peu chic de Galliväre dans lequel nous avions mangé le premier soir. Il y avait une soirée avec tout un tas de gens en smokings, on tranchait un peu dans le décor.

Quel plaisir de prendre une douche chaude, de retrouver un matelas digne de ce nom et pouvoir de nouveau communiquer facilement avec les proches. La pizza finlandaise reste pour moi un souvenir mémorable digne d’un repas chez Marc VEYRAT !

Ce fut une expérience magnifique. Il n’aura pas fallu plus de trois jours pour nous décider à repartir en 2018. Cap sur le Spitzberg du 7 au 18 avril. 

Et pour finir, si vous voulez jeter un œil à une petite vidéo :

1 commentaire

Colas

Incroyable ce récit et quel courage d avoir, malgré les galères, poursuivit cette aventure unique. Karl Bravo Pour Cette histoire intense que tu nous as fait vivre Dans Le moindre détail. Il faut faire une suite à Cette 1ère expédition.

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