C'est vous qui le dites ! Îles Féroé

Les îles Féroé à vélo

Dix jours à pédaler à contrevent, à travers d’épais rideaux de pluie et de soleil, le souffle coupé par des paysages grandioses et d’insidieuses montées, avec constamment de petits yeux écarquillés posés sur vous. Ainsi peut-on résumer notre expérience dans l’archipel des Féroé, à vélo, au milieu d’incrédules moutons.

 

Genèse du voyage à vélo aux îles Féroé

Au hasard d’une newsletter d’un organisme de voyages spécialiste des destinations arctiques apparaît le nom « Îles Féroé ». Aussitôt un lointain mercredi pluvieux me revient à l’esprit : on avait passé l’après-midi devant l’écran d’ordinateur à jouer à Fifa98. Le défi était alors de remporter un match aux commandes de l’équipe des Îles Féroé. Malgré un talentueux maniement de la manette, la mission resta impossible.

Mais la curiosité est suscitée et une rapide recherche internet ainsi que la lecture de quelques blogs suffisent à lancer le projet : visiter l’une des dernières places sauvages d’Europe, à l’écart des circuits touristiques classiques, à la merci d’une météo capricieuse, où les températures moyennes l’été affichent effrontément 12°C. L’excitation commence et plus rien ne pourra l’arrêter.

 

Préparation

Un collègue se joint spontanément au projet. Vue l’offre très limitée d’hébergements, il est collégialement décidé de bivouaquer sous tente autant que la météo le permettra. Puis la recherche de deux vélos de trekking dignes de ce nom à louer sur place commence. La majorité des centres d’information contactés nous conseillent de ramener nos vélos. Très peu de personnes visitent les îles en vélo et l’offre de location est faible, pour ne pas dire nulle. Cependant une agence nous propose de bons vélos, avec porte-bagages et sacoches. On se hâte de les contacter et de s’assurer que deux vélos aux bonnes dimensions sont encore disponibles. Ils n’ont en tout et pour tout que ces deux vélos : ils sont disponibles et la taille des cadres est bonne. Le caractère épique du projet augmente, de même que l’excitation. Puis s’ensuit la rituelle et jouissive consultation de sites de vente en ligne spécialisés dans le matériel outdoor à vocation nordique (tapis de sol isolant, sacs étanches, etc.). Les vacances sont posées et un vol, avec stop-over à Copenhague, est réservé.

 

Feuille de route

La météo, et donc l’impossibilité de camper certaines nuits, ajoutée à la très faible quantité d’hébergements dans la partie ouest des îles Streymoy et Eysturoy nous ont amené á décider de la route au jour le jour, tout en maintenant l’objectif de voir un maximum d’îles et de randonner autant que possible. La route suivie ainsi que la météo, jour par jour, sont données dans le tableau ci-dessous.

Jour Trajet / Rando Nuit Météo
1 Sorvágur – Gásadalur – Sorvágur Hugo Guesthouse, Sorvágur Couvert avec éclaircies
2 Sorvágur – Vestmanna / Bird Cliff excursion en bateau Sous tente sur les hauteurs de Vestmanna Couvert puis soleil en soirée
3 Vestmanna – Thórshavn Hotel Havn, Thórshavn Couvert avec averses
4 Thórshavn – Eidi – Gjògv Guesthouse, Gjògv Soleil puis pluie soutenue
5 Gjògv / randonnée dans la vallée d’Ambadallur Guesthouse, Gjògv Couvert puis pluie soutenue
6 Gjògv – Klaksvik Guesthouse chez  Hannus, Klaksvik Pluie très soutenue et fort vent
7 Klaksvik – Vidareidi – Klaksvik / randonnée vers Enniberg Guesthouse chez Hannus, Klaksvik Pluie puis soleil, vent fort
8 Klaksvik – Trollanes – Klaksvik / randonnée phare Guesthouse chez Hannus, Klaksvik Variable
9 Klaksvik – Saksun Nuit sous tente au pied du village, le long de la rivière Grand soleil
10 Saksun – Sorvágur Hugo Guesthouse, Sorvágur Pluie plus ou moins soutenue

A la fin du séjour le compteur affiche 420km, le temps randonné (marche seule) est d’environ 10 heures.

 

Impressions

Paysages et faune

De hautes falaises battues par les vagues de l’Atlantique, dévalées par mille chutes d’eau, refuges d’une multitude d’oiseaux dont le plus captivant est sans aucun doute le Macareux Moine (Puffin en anglais). D´une beauté subtile et rare, perché en haut des falaises, il s’élance en battant frénétiquement de ses trop courtes ailes pour porter sa lourde masse jusqu’aux flots dans lesquels il se laisse gauchement tomber. Il captive tous les regards et l’obturateur de l’appareil photo chauffe quand on a la chance d’en découvrir une colonie.

Les sommets effilés prennent un air menaçant lorsque le ciel s’obscurcit. Ils éventrent alors les nuages noirs et une abondante pluie se déverse et vient grossir les cascades et gorger la mousse des prairies. S’ensuit un fort vent qui lentement purge le ciel, et qui à défaut de décorner les bœufs (très rares dans l’archipel), défrise les moutons. Restent alors des bancs de nuages d’un gris laiteux qui couvrent les sommets, tombent jusqu’au fond des vallées, jetés à la manière d’un drap sur les dossiers des fauteuils pour les cacher à la poussière du grenier.

Sous le soleil, le vert partout éclate, les falaises foisonnent de couleurs minérales, les mouettes et leurs congénères prennent part à un ballet volant complexe, se croisent et se recroisent à l’infini. Les moutons gambadent, comme grisés par ce sursis accordé par le ciel.

L’observation de la barbiche des moutons est d’ailleurs un bon d’indicateur des conditions météorologiques. Horizontale : un fort vent fait rage, mouillée : il pleut ou il a plu, verticale et sèche : temps clément, joyeusement secouée : beau temps.

 

Infrastructures routières

L’état des routes est excellent, le seul reproche que l’on puisse adresser aux ingénieurs Ponts & Chaussées locaux est de n’avoir jamais choisi l’horizontale lors du tracé des routes : les pentes ascendantes et descendantes se succèdent et ce même dans les tunnels aussi bien sous-marins que terrestres. Certains ne sont qu’à une seule voie et non éclairés. Ils ne sont pas ventilés. Le plus long tunnel sous-marin fait 6.3km de long, ce qui signifie une montée continue sur 3,15km pour s’extirper des 150m de profondeur du  milieu du tunnel. L’arrivée à l’air libre et sain est vécue comme une délivrance. Les automobilistes ont été respectueux de nous cyclistes, cependant nous portions un gilet réfléchissant dans les tunnels.

 

Gens rencontrés

Tous les autochtones rencontrés ne parlaient pas anglais, mais tous se sont montrés sympathiques, détendus et très hospitaliers. Que ce soit le propriétaire de la guesthouse à Klaksvik nous offrant du poisson, ou l’agriculteur à Saksun nous indiquant le meilleur emplacement sur son champ pour y planter la tente.

 

 

 

4 commentaires

Sylvie

Enthousiasmant ! Superbe récit pour cette aventure dans ce pays de pluie drue….et de moutons….frisés…et magnifiques photos !

Réponse
Leslie

Incroyable cette aventure ! Les îles Féroé en vélo, fallait le faire quand même ! Merci pour ce récit, super article.

Réponse
Francois

Enchanté d’avoir lu ce retour d’expérience.
Auriez vous encore l’adresse de l’agence de location de vélos ?
Merci.

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