C'est vous qui le dites ! Suède

A la découverte du Jämtland et du Härjedalen…

Jämtland et Härjedalen, loin des sentiers battus

Mercredi 3 Mai : le jour du départ

Un jour qui commence comme les autres, un peu comme on s’attend à aller au boulot après la sonnerie du réveil. Sauf que ce n’est pas la chemise et le chino que tu enfiles ce matin mais l’attirail complet de rando dont… les lourdes chaussures d’alpinisme. Le sac est paré, 17kg de matériel chacun. Tout a été soigneusement préparé pendant les trois mois précédents. Vêtements, équipement, ravitaillement, pharmacie, bivouac… Tout y passe, la liste est longue. Quels que soit son volume et son poids, chaque élément est indispensable, voire relève de la survie. On ne plaisante pas avec la sécurité quand la température peut descendre sous les -20°C.

Sitôt un rapide déjeuné avalé, on nous dépose à la gare routière de Grenoble où un bus nous emmène à l’aéroport de Genève en 2h de temps. S’en suit un vol pour Stockholm puis Östersund le soir. A la sortie de l’avion, le Jämtland nous accueille avec son air froid, sec, pur. Puis, l’accueil devient plus humain. Notre correspondante sur place nous accueille chaleureusement au sein de sa petite famille et nous passons la dernière nuit dans un confortable appartement à 3000km de la maison.

 

La gare déserte d’Enafors à la descente du train.

La gare déserte d’Enafors à la descente du train.

Jeudi 4 Mai : Premier contact

La nuit est courte, l’excitation gomme la fatigue du voyage. A 7h, le soleil est déjà haut quand nous prenons le train vers Enafors. 9h30. Le train fait une courte halte, le quai est désert. On descend, ou plutôt on entre dans l’arène. On y est. Le Jämtland se dresse devant nous. Il est sous nos pieds, fier, indomptable. Le temps n’est plus aux paroles, il est temps d’affronter la nature. Sacs chargés sur le dos, nous rejoignons la route principale autour de laquelle sont éparpillées quelques bâtisses suédoises typiques. L’endroit est désert. Le silence nous heurte, pas un souffle à la ronde si ce n’est le bruit de nos chaussures heurtant le sol. Nos yeux sont partout, nous tentons de capter la magie de ce qui nous entoure, de nous glisser dans le bain. Bientôt la route traverse un pont qui enjambe une rivière paisible. L’eau a des reflets rouille, signe de la présence de minerai de fer dans la roche granitique. Nous nous avançons sur la gauche et nous trouvons le sentier qui part dans les bois.

 

L’approche par la forêt et les marais des monts Getvalen et Stornasen.

L’approche par la forêt et les marais des monts Getvalen et Stornasen.

 

Ce sentier va nous conduire au pied du premier massif qui maquera notre entré dans le monde froid et austère de la steppe montagneuse. La neige est encore bien présente entre les pins du nord, plusieurs dizaines de centimètres par endroit. La fonte a bien commencé en ce début de Mai et nous oblige à chausser les raquettes. La traversée de la forêt se déroule sur un sentier de randonnée peu marqué. On marche en se fiant uniquement à la percée dans les branches basses. Pourtant, ce n’est pas plat, le parcours est irrégulier et à force de tourner sans arrêt, l’orientation souffre. La boussole est de sortie au bout d’une heure quand une bifurcation se présente à nous. Une seconde heure passe. Et puis la forêt fait place à une zone de marécage balisée. Les premières hauteurs sont à la portée de nos pas. Une ultime heure nous sera encore nécessaire pour arriver au pied de la montée. On passe près d’une cabane déserte sans être abandonnée et nous voici à gravir les premiers rebonds herbeux, d’où démarre une piste de motoneige. Les premiers piquets à croix rouges sont visibles. Rouge ? Enfin, plus vraiment, le temps ayant fait son œuvre et la peinture a disparu. Nous sommes en Scandinavie, sans aucun doute possible Sans complexe, la piste attaque la pente en ligne droite entre les monts Getvalen et Stornasen.

 

Au pied des monts Getvalen et Stornasen, la forêt de pinèdes s’étale à nos pieds.

Au pied des monts Getvalen et Stornasen, la forêt de pinèdes s’étale à nos pieds.

 

On en fait autant, ravi d’en découdre. Mais notre enthousiasme est de courte durée. Le sac pèse, la fatigue du voyage et la marche d’approche tantôt en neige fondante, tantôt dans des montes d’herbes spongieuse nous rappelle à l’ordre et nous adaptons un rythme plus lent. Les pauses sont fréquentes et nous profitons de l’élévation du terrain pour regarder à la ronde. Enafors est déjà au loin. Sur la droite, le lac Ännsjön. On aperçoit aussi la route qui conduit au refuge STF de Storulvan, timide trace parmi les pins. La monté se poursuit dans le silence et sous un soleil éclatant. Le dénivelé s’accumule et nous passons les 1000 mètres.

 

Traversée neigeuse vers Ultatjärn sous un ciel clair.

Traversée neigeuse vers Ultatjärn sous un ciel clair.

 

Tout randonneur alpin ou pyrénéen sourirait gentiment comparé aux altitudes de nos belles montagnes françaises. Ici, ce n’est pas comparable. Déjà, la végétation a disparu pour laisser placer à un épais manteau neigeux. Le soleil cogne dur, la neige fond, la progression devient pénible. Au milieu de la monté, un effleurement rocheux nous offre une rare occasion d’installer le réchaud et la popote dans un abri très relatif. Le repas est vite expédié, la température et le vent n’incite pas à s’attarder. Nous nous avançons encore et la vue se dégage. L’altitude n’a rien d’impressionnant et pourtant… la beauté de l’endroit est à couper le souffle. Le temps semble suspendu. Rien ne bouge ni au sol, ni dans le ciel. Ce jour-là, nous mettrons 8h pour rejoindre la « hut » d’Ultatjärn. La cabane est ouverte, un petit poêle et du bois sec sont à la disposition des occupants. Une petite fenêtre donne sur l’extérieur. Une table et deux couchettes complètent le mobilier sommaire mais ô combien douillet. Le feu est vite allumé, le repas cuit. On échange nos premières impressions. Et on tombe vite d’accord. La traversée sera éprouvante et les objectifs de sommets sont sans doute trop ambitieux parce que déjà, les corps souffrent. A l’abri et au chaud au fond de nos sacs de couchage, le sommeil nous gagne vite. Demain, le chemin jusqu’à Sylarna sera long.

La hut d’Ultatjän : un îlot herbeux bienvenu

La hut d’Ultatjän : un îlot herbeux bienvenu

Vendredi 5 Mai : Quand le physique lâche…

La nuit est paisible et le sommeil profond. Au petit matin, nous plions le matériel avec le même rituel que nous répéterons chaque matin jusqu’à l’arrivée. Aujourd’hui, nous devrions rejoindre Sylarnas fjällstation. La marche reprend sous un ciel plombé de lourds cumulus.

 

Traversée interminable vers le massif du Sylen

Traversée interminable vers le massif du Sylen

 

On sent que l’équilibre entre temps sec et chute de neige peut basculer à tout moment alors nous sommes attentif au sens du vent. La température est proche de 0°C, c’est froid sans être désagréable et notre altitude oscille entre 850 et 1000m. On progresse vite au travers de cette grande étendue vallonnée au fond de laquelle se dresse un regroupement de montagnes dont le sommet du Storsylen, 1762m. On a commencé à marcher à 8h30, il est prévu de manger directement à Sylarnas et d’y faire notre prochaine étape. Mais alors que nous venions de dépasser la hut d’Enkälen, une douleur sourde s’éveille dans ma cuisse droite. Un adducteur a du mal à récupérer de la  marche de la veille et il tire sur le bassin et le genou, m’empêchant de relever la jambe. Je m’aide des bâtons de marche pour soulager le poids sur cette jambe mais rien n’y fait. Nous sommes contraints de stopper à 2 km de Sylarnas, à la hut de Gamla Sylen. Le dernier kilomètre sera une torture. Heureusement que j’ai pensé au baume du tigre. Demain, ça devrait aller mieux.

 

Au réveil, nous ne sommes pas seuls. Les rennes errent alentour, à la recherche de nourriture.

Au réveil, nous ne sommes pas seuls. Les rennes errent alentour, à la recherche de nourriture.

 

On a parcouru 15 km malgré tout et aperçu nos premiers rennes. Des animaux parfaitement adaptés au climat, si l’on en juge leur démarche souple et leurs sabots bien adaptés à la neige. Ils n’ont pas l’air farouches mais reste tout de même à bonne distance. Qu’importe, le plaisir de les contempler est égal.

Samedi 6 Mai : La plus belle étape

Encore une nuit confortable en hut. La cuisse va mieux, il fallait sans doute que le corps s’adapte à l’effort soutenu. On monte vers Sylarnas, dépasse les nombreuses cabanes du refuge bondé en pleine saison et désert à notre passage et nous nous engageons sur la piste balisée qui contourne Herrklumpen par le flanc sud. On culmine à 1150m, sous un ciel gris et bas. On ne voit pas grand-chose alentour mais la présence dominatrice des monts de Sylarnas se fait ressentir. La piste monte et arrive sur un espace dégagé qu’on pourrait définir comme un col. La neige a été balayée par les vents ici, l’herbe épaisse est à nu.

 

Contournement du mont Herrklumpen, après un bref passage à Sylarnas fjällstation.

Contournement du mont Herrklumpen, après un bref passage à Sylarnas fjällstation.

 

Devant nous l’horizon se dévoile. Un paysage austère s’offre à nous. Des monticules de roches granitiques entrecoupés de pans neigeux. A perte de vue. La marche est longue jusqu’à Helags fjällstation, 25 km. Nous faisons une halte à la hut de Miesehkejahke où nous prenons un repas chaud. 100g par repas et par personne. Juste de quoi tenir mais suffisant pour donner de la force. Des noix et des amandes complètent le menu frugal. Nous repartons et laissons les montagnes de Sylarnas derrière nous. Le ciel s’éclaircit alors et les sommets apparaissent dans toute leur splendeur. Un adieu silencieux de la nature aux randonneurs hivernaux que nous sommes, l’émotion est palpable. Au loin, l’antenne relais de Jalkedsaajja se dresse sur un mont enneigé. La carte nous indique que le camp de base d’Helags se situe au pied de se mont. Nous allons la voir se rapprocher de nous avec une lenteur accablante. Le terrain est accidenté, des points d’eau gelés nous contraignent à des détours à une vigilance de tous les instants. Nous décidons de prendre à droite, le sentier de randonnée d’été, indiqué par des petits points orange peints sur des pierres dressées çà et là. C’est une partie de cache-cache qui commence et qui va durer 3 bonnes heures. Mais ça ne compte pas. La communion est parfaite

 

La belle traversée vers Helags. En arrière-plan, les monts du Sylen nous saluent au travers d’une éclaircie.

La belle traversée vers Helags. En arrière-plan, les monts du Sylen nous saluent au travers d’une éclaircie.

 

Nous arrivons le soir à 20h30, après 12h de marche. Un regroupement d’une dizaine de cabanes constitue le camp de base, situé au pied du mont Helags, le point culminant de la Suède, au sud du cercle polaire. 1796 petits mètres disions-nous avant notre départ, le doigt pointé sur la carte, un sourire au coin de la bouche, la confiance débordante. Un sommet qui semble maintenant bien hors de portée après trois jours de marche harassante. Nous posons nos sacs et faisons le tour du camp. Toutes les portes sont closes hormis celle du hangar à motoneige qui ressemble plutôt à un débarras et celle d’une cabane dont les occupants semblent s’être absentés depuis peu comme le témoigne le feu qui brûle encore dans le poêle et les couvertures sur les couchettes. Nous renonçons à nous y installer. La dernière option reste la tente que nous déployons à l’abri du vent, coincée entre un mur de bois et une gigantesque congère de neige. Le sol est bien imbibé d’eau, le confort devient spartiate. Pas question de s’attarder, le repas est avalé en quatrième vitesse et nous disparaissons sous la tente.

Dimanche 7 Mai : Retour dans la vallée

Réveil difficile, le froid est mordant. -20°C au thermomètre. On ouvre le compartiment de la tente. Chaussures raides de froid, eau gelée dans la tasse. On s’habille en quatrième vitesse. Dehors, l’eau qui ruisselait sur les dalles de granit s’est figée. Le vent est glacial.

 

Redescente douloureuse vers la vallée de Ljungdalen, le blizzard sur les talons.

Redescente douloureuse vers la vallée de Ljungdalen, le blizzard sur les talons.

 

La cagoule est de mise, masque, double pulls, double paires de gants, etc… On plie tout. Et on se tire de là avant que ça devienne critique. Le ciel tombe d’un coup et la neige nous fouette le visage. A la sortie du camp, on choisit le chemin de droite direction la vallée de Ljungdalen. On doit redescendre, les plans ont changé. La météo nous chasse vers le lac Kesusjön et ses 800m. 2h30 sous les assauts du vent et des flocons. Les pentes commencent à se recouvrir de bouleaux. Le lac pointe le bout de son nez à l’horizon, goutte blanchâtre dans la mer sombre du couvert végétal. Le sentier descend en ligne droite. La neige est épaisse, dure. La progression est plus aisée. On longe le lac et nous approchons un ensemble de maisons suédoises, le hameau saisonnier de Kesuvallen. Le chemin s’égare parmi les maisons éparses. Nous voici à errer à la recherche du sentier. Par mégarde, je traverse la clôture d’une propriété privée. Le propriétaire sexagénaire bondit hors de sa cabane pour me crier un « privat !». Les gestes sont explicites, pas besoin d’avoir des bases de suédois. Je m’écarte vivement et esquisse un geste d’excuses. Pas de mal. Ce fringuant monsieur entre chercher sa parka et sort en trombe avec un sympathique « Can I help you ? ». Quelques échanges. Il nous indique le chemin le plus rapide vers Ljungdalen. On suit ses instructions et on débouche sur un parking une heure plus tard. Pause repas sous un abri. Puis reprise de la marche sur une piste routière. Les raquettes sont remisées sur le sac, 1,5kg de plus à porter mais la progression est bien plus rapide. La tente sera installée sitôt le panneau de la ville franchie, 2h plus tard. Les organismes sont fatigués à lutter contre le froid, le besoin de sommeil se fait vite sentir.

Lundi 8 Mai : La plus longue traversée

Il n’est pas moins de 10h30 quand on émerge. La température est plus douce à l’abri des pins. Aujourd’hui, on convient d’une étape courte, le besoin de récupérer de l’épreuve de la veille se fait sentir. La route 531 de Mittadalen qui traverse le petit hameau de Skarkdalen semble l’itinéraire le plus appropriée avec seulement 300m de dénivelé positif. On s’engage alors sur cette route mais le soulagement ne dure pas. La route n’en finit pas de monter tandis que le ciel se charge dangereusement. Pas de doute, on va prendre.

 

Route 531 vers Mittadalen sous une météo de plus en plus rude.

Route 531 vers Mittadalen sous une météo de plus en plus rude.

 

Et ça ne va pas faire semblant cette fois encore. 3h avec un vent du nord de dos et une neige qui tombe à l’horizontal. La température descend sous les -10°C, pas question de s’arrêter à découvert, même pour passer la paire de gants de ski. A mi-chemin, la façade d’une cabane du service des routes nous offre une protection contre le vent, le temps d’enfiler un pull et des gants épais. On poursuit l’interminable traversée du plateau Flatruet. Le jour décline, on y est encore bien que la route ait commencé à redescendre vers une dense forêt de pins. On arrive enfin à Mittadalen, exténués. Maintenant, on voudrait trouver un spot de bivouac. Pas facile dans le coin, aucun endroit proche ne nous satisfait, alors on reprend la route, attentif à trouver un emplacement dans la forêt alentour. Encore 2km avant de trouver l’emplacement idéal. 25 au total. Bravo l’étape reposante. On monte le campement mécaniquement, faisons notre feu qui est entré dans le rituel du soir et faisons un repas aussi copieux que possible. A 21h, les dernières braises du feu se consument, quelques flocons tombent encore timidement. Nous ne tardons pas à entrer dans la tente pour y dormir d’un sommeil de plomb.

 

En fin de journée, le temps devient plus clément. La nature est silencieuse sur les bords de la route.

En fin de journée, le temps devient plus clément. La nature est silencieuse sur les bords de la route.

Mardi 9 Mai : l’arrivée à Funäsdalen

Il est 11h du matin quand finalement nous nous réveillons. 14h de sommeil non stop. Un record ! Preuve que les épreuves des jours précédents ont bien tapé dans nos réserves. Selon la carte, que nous avons étudié en détails, l’étape du jour devrait nous conduire sans mal à Funäsdalen, notre destination finale d’où nous prendrons le bus pour le retour à Östersund. Une piste routière large, déneigée, sous le soleil et avec une température au-dessus de 0°C. Nous tenons notre étape de récupération. La forêt est éparse mais bien présente, la vue est dégagée. Nous plaisantons en montrant la route qui débouche du plateau « de la mort » qui serpente à plusieurs kilomètres dans notre dos. Le danger est derrière nous. Le temps est à la légèreté et aux soins.

 

Proche de l’arrivée, la neige a bien fondue au niveau du croisement des routes 531 et 532.

Proche de l’arrivée, la neige a bien fondue au niveau du croisement des routes 531 et 532.

 

Mon visage a souffert, brûlé par le soleil puis par le froid, mes lèvres sont boursouflées et mon nez a enflé. C’est presque comique. Si seulement ça ne rendait pas le fait de s’alimenter ou de boire aussi douloureux… Mon père n’a pas souffert du visage, mais des pieds. Ses fidèles chaussures à semelles rigides, entre dans leur vingtième année et n’auront pas résisté aux conditions de traitement extrêmes. La colle a lâché, l’eau s’est infiltrée. C’est ensuite un refrain bien connu des marcheurs. Pieds mouillés, peau ramollie, frottements, ampoules. Et cette fois n’échappe pas à la règle. Revenons aux paysages. La neige disparaît peu à peu alors que l’air se réchauffe. Le repas de 16h se tient au bord de la route, derrière le fossé. On se rend compte qu’on sent furieusement le feu de bois. Mais qu’importe que nous portions les mêmes vêtements depuis le début du voyage. L’essentiel est ailleurs, tout autour de nous. Les heures défilent. 5h de marche et nous voici à la bifurcation avec la route 532. Funäsdalen n’est plus qu’à 3km. On arrive. Le soulagement nous envahit. On convient de planter la tente à l’entrée de la ville, à l’abri des regards. On parcourt encore un kilomètre quand soudain, sous le coup d’une intuition, je guide mes pas sur la droite de la route, en traversant un fourré dense, m’y empêtrant. Je fais quelques mètres et je tombe sur le spot de rêve. La rivière Ljusnan coule paisiblement à proximité. Sous un duo de pins, un tapis de mousse offre l’emplacement idéal. Abrité, de l’eau à proximité, du bois à profusion. Parfait. Il n’est pas encore trop tard, nous avons le temps de faire une virée jusqu’à la ville. Avec un seul sac. Le mien reste au bivouac.

 

Un cadre idyllique de bivouac, proche de la rivière Ljusnan.

Un cadre idyllique de bivouac, proche de la rivière Ljusnan.

 

La ville se fait mériter en nous infligeant une montée de 100 bons mètres de dénivelé. Arrivés en haut, la vue valait nos efforts. Une petite ville, organisée autour de sa route principale s’offre à nous. Funäsdalen est notre coup de cœur. Les atouts de la ville sont ses remontés mécaniques flambants neuves sur les pentes du Funäsdalsberget et le lac Funäsdalssjön, encore gelée, qui offrent aux locaux et aux touristes un cadre idyllique pour tout un tas d’activités. Nous repérons un supermarché ICA sur le bout de plan imprimé depuis Google Maps. Nos réserves de nourriture ne sont pas au plus bas mais nous ne résistons pas à la tentation de produits frais. Le magasin est exigu mais fourni. Nous repartons avec des saucisses, du fromage et quelques pommes. De quoi agrémenter notre menu basé sur les pâtes et la semoule. Nous rentrons au camp, faisons du feu et mangeons un copieux repas. Le coup de fourchette est alerte. Le moral est au beau fixe, la discussion légère. La soirée est calme, troublée sporadiquement par les battements d’ailes d’un oiseau de passage au-dessus de la rivière Ljusnan.

Mercredi 10 Mai : Visite de Funäsdalen

On prend notre temps aujourd’hui. L’objectif est rempli, nous sommes à destination. Nous pouvons profiter du temps qui nous reste pour visiter les environs et mettre la main sur une bouteille de gaz. Nous repartons pour Funäsdalen que nous atteignons en 1h de temps, l’après-midi. De belles éclaircies apparaissent dans le ciel et la température, bien qu’encore fraîche le soir, est bien plus agréable. Nous partons pour un tour du lac Funäsdalssjön, 12km. Nous ne regardons plus vraiment la montre. Les journées sont si longues qu’on en profite sans s’imposer de contraintes. Notre rythme biologique naturel est notre seul point de repère. Manger quand on a faim, dormir quand on a sommeil, marcher quand on en a envie. Nous regardons autour de nous en nous emplissant de la sérénité qui émane de la nature. On ne pense pas à grand-chose mais on discute sans arrêt. Le temps est à l’introspection, sur les berges du lac gelée de Funäsdalen.

 

Le lac gelé Funäsdalssjön et sa plage.

Le lac gelé Funäsdalssjön et sa plage.

 

Le tour est bien vite achevé, nous revoici sur la route principale, à chercher la station-service OK/Q8 pour y acheter une recharge de gaz. Sitôt fait, nous remontons la route, passons devant l’église, repérons la station de bus. Un bâtiment à étage chauffé, éclairé avec des sanitaires. Le luxe. On décide d’y passer notre dernière nuit car le bus pour Östersund partira tôt. Mais, en prévision d’une fermeture la nuit, on a repéré plus tôt dans la journée, un emplacement où monter la tente, à 20min à pied de la gare. On se promène toute l’après-midi et nous achevons la journée en repassant à l’ICA pour satisfaire une envie en mandarine et en pain.

Jeudi 11 Mai : Le dernier jour

Ce matin, on lève le camp après 2 nuits dans notre super coin. Direction le bus, nous sans profiter encore une fois d’une route détournée longeant la rivière Ljusnan vers Ljusnedal et son lac immense. Nous empruntons un petit sentier de pécheurs. Bientôt Ljusnedal, un village rural, désert hors saison. Nous y trouvons un élevage de vaches noires, une casse de motoneiges, une église et quelques magasins de sport d’hiver. Un pont à voitures enjambe la rivière. Nous remontons la route et arrivons à notre grand étonnement à une zone industrielle. Quelques entreprises assurent donc la vie économique de Funäsdalen toute l’année. Nos bases de suédois sont trop faibles pour comprendre ce qu’on fabrique dans la principale usine. On repère de l’activité dans une carrière et des entreprises du bâtiment. En fin d’après-midi, nous sommes bien installés dans la gare routière, et la longue attente commence. Il est 20h30, le bus part demain matin à 5h50. On mange, on lit des magazines, on regarde l’activité extérieure par les nombreuses fenêtres. Petite pensée à propos de la fermeture du lieu. 22h. Personne ne semble venir nous chasser, on commence à se détendre. Mais non n’avions pas pensé à l’alarme anti-intrusion. 22h42, les sirènes se mettent à chanter. Il fallait s’y attendre. On regroupe les affaires en quatrième vitesse et nous nous dépêchons de sortir. Heureusement qu’on avait prévu un plan B. On part donc installer la tente à la sortie de la ville. 5h de sommeil avec le stress que la montre ou l’i phone se coupent au milieu de la nuit à cause du froid.

 

Le boeing 737 de SAS nous attend à Östersund pour nous ramener à la maison.

Le boeing 737 de SAS nous attend à Östersund pour nous ramener à la maison.

Vendredi 12 Mai : Retour à la maison

4h50, les réveils sonnent. Avec la force de l’habitude, les sacs sont bouclés en 20min puis on se met en marche pour la gare routière. L’alarme sonne toujours. D’autres personnes se joignent à nous pour l’attente. On reste tous dehors à grelotter sur le quai, la gare est inapprochable. Le bus 164 arrive, on monte. Le trajet jusqu’à Östersund dure 3h30. 3h30 sur des routes longilignes, à travers les pins et les lacs. Magnifique. A l’arrivée, notre correspondante nous attend avec ses deux jeunes enfants. Elle nous a proposé un café avant de nous envoler pour la France. Les enfants nous adoptent très vite, le café fait du bien, les photos l’enchantent. C’est dire que cette toute jeune famille a le sport dans le sang. Nous l’avons inspiré semble-t-il. Nous en sommes heureux. La nature mérite tous les hommages. 12h, elle nous dépose à l’aéroport et nous nous disons au-revoir. Le Boeing 737 nous conduit à Stockholm d’où nous partons pour Genève, la tête pleine de souvenirs, l’esprit serein.

1 commentaire

Delort

C’est une très belle aventure qui sort des sentiers battus .
Votre récit,nous invite à se joindre à vous pour aborder de façon aussi sereine, ces grands espaces désertiques face à des froids mordants .

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