C'est vous qui le dites ! Suède

Expédition Lapone au pays du peuple Sames

Expédition en solitaire et en autonomie totale en Laponie suédoise

Cette année, j’ai choisi de partir en Laponie suédoise du 04 avril au 30 avril 2017 afin de parfaire mon expérience dans le domaine de l’expédition hivernale pour me rapprocher des conditions que je pourrai rencontrer lors de mes prochains projets. J’ai pour cela décidé de partir seul en autonomie complète durant 21 jours dans le nord de la suède.

Mon parcours initiale commençait à Abisko et se terminait à Kvikkjokk. Mais ma progression me permettra de continuer jusqu’à Nikkaluokta, traversant le parc national d’Abisko, du Sarek et du Sjôfallets et en faisant l’ascension de 7 sommets dont le Akka (2016m) qui est le 4ème sommet le plus haut de suède. L’ascension du Kebnekaise (2111m) n’a pas pu aboutir du fait des conditions nivologiques défavorables et d’une météo capricieuse lors de mon passage à proximité de sa voie d’ascension à deux reprises. J’ai donc effectué 434 kms et 17 100m de dénivelé positif en 21 jours avec des conditions météo très variables allant de la journée ensoleillée, au brouillard épais avec une visibilité réduite à 20m, et une température moyenne de -8° en journée et pouvant atteindre -30° durant mes nuits dans le parc du Sarek.

Le but n’était pas de faire une performance mais plutôt de me construire une expérience dans le milieu polaire en autonomie durant 3 semaines afin de tester du matériel et renforcer mon savoir-faire en expédition hivernale. Cet objectif fut atteint car j’ai pu valider énormément d’équipements que j’utiliserai lors de mes prochaines expéditions et le retour d’expérience sur les méthodes de vie dans la durée en milieu polaire, notamment dans les bivouacs hivernaux, fut grande et instructive, ce qui me donne confiance pour les prochaines étapes de ma préparation.

4 avril 2017

Je suis parti de l’aéroport Charles de Gaule à Paris le 04 avril 2017 pour atterrir à Kiruna, dans le nord de la Suède, après une escale à Stockholm. Je fus tout de suite rassuré sur les conditions d’enneigement, la neige étant déjà présente. Oui, avec le réchauffement climatique on peut toujours être surpris et tirer une pulka de 90kg sur l’herbe durant 300 kms (initialement prévu) aurait été un réel exploit. J’ai donc passé ma nuit à l’hôtel SPIS hôtel Kiruna qui est très bien situé car près de la gare routière, ce qui n’est pas un luxe lorsque l’on a encore 40 kg de bagages malgré avoir envoyé le plus gros du matériel en avance.

5 avril 2017

Petit déjeuner copieux à l’hôtel et direction le centre-ville. Il n’y a pas grand-chose mais le principal est là. Je trouve facilement les cartouches de gaz nécessaire pour la durée de mon aventure. De plus je suis bien conseillé et n’aurai par la suite aucun problème de gaz en raison des températures négatives qui font que celui-ci gèle. Prochaine étape, l’office de tourisme afin de réserver mon billet de train pour Abisko le jour même.

Mes dernières affaires achetées, je me rends à Abisko en train. Après 1h20mins de trajet, me voilà à la ville de départ. L’objectif d’aujourd’hui est de récupérer mon matériel que j’ai envoyé par la poste et de profiter d’un bon repas avant d’entamer 22 jours de rations lyophilisées. Arrivée à l’hôtel, le gérant me signale que mon dernier colis est arrivé. Je récupère donc tout le fret et commence à m’organiser pour que tout puisse rentrer dans ma pulka. Soulagement, tout rentre, mais il n’en fallait pas plus car la pulka est déjà lourde. Premier objectif remplit! Je me renseigne auprès du propriétaire de l’hôtel pour savoir où je peux manger ce soir. Mais les restaurants autours ne sont pas vraiment dans mon budget (oui, en Suède tout est cher). J’irai donc me nourrir d’un sandwich à l’unique supermarché du coin, et j’en profiterai pour aller repérer le départ de mon expédition. De retour à l’hôtel, je rencontre un couple qui reste quelques jours et qui aurait vu une aurore boréals la veille. Je resterai jusque tard dans la nuit devant la grande fenêtre du salon sans en apercevoir. Mais je ne désespère pas, j’ai encore 1 mois devant moi pour en apercevoir.

6 avril 2017

Aujourd’hui est un grand jour! C’est sous un beau soleil mais avec un vent très frais que je commence mon aventure avec ma pulka de 80kg et mon sac à dos de 18kg contenant tout le nécessaire pour vivre 22 jours en autonomie.

La première journée sera quelque peu monotone. Je rentre dans le parc national d’Abisko par le Kungsleden (voie royale) que je vais suivre durant la première semaine pour ensuite le quitter et m’aventurer dans le Sarek. Le Kungsleden est un chemin entièrement balisé comme je n’en ai jamais vu auparavant : une croix rouge est placée sur un poteau de 2 m de haut tous les 10 à 30m. Si quelqu’un se perd sur cet itinéraire c’est qu’il le fait exprès ou qu’il est aveugle.

Départ d’Abisko

 

Je croise quelques personnes qui font un parcours de quelques jours en groupe et me pose des questions voyant le volume de ma pulka. J’arrive très vite à un premier lac qu’il faut traverser. Plusieurs traces de moto neige sont visibles, je prends donc la plus directe me disant que si la moto neige de 250 kg passe je ne devrais pas avoir de soucis. Mais en arrivant au milieu du lac, la trace est coupée par un trou où l’on peut apercevoir de l’eau. Je ne cache pas que je ne suis pas rassuré et je commence donc à essayer de voir comment je pourrai rejoindre la rive sans soucis. Je me décale petit à petit au bord du lac et me retrouve sur une partie déjà bien réchauffée, des petits bruits de craquement comme du verre qui se brise lorsque l’on l’écrase se font entendre. Ouf! ça passe et je suis sur le bord. Que cela me serve de leçon pour la suite! Plus tard je ferai part de cette aventure à un suédois qui m’expliquera qu’il y a plusieurs couches de glace sur les lacs et qu’il est vraiment rare, voire impossible de traverser et tomber directement dans l’eau surtout avec des skis. Mon trajet quitte la vallée pour prendre un peu de hauteur. La montée, qui est la première, fut exténuante bien que courte (300m de dénivelé) et comportera une section où, la pente étant trop inclinée, je serai obligé de faire un mouflage afin de tirer ma pulka. Je décide donc de poser le bivouac juste en haut de celle-ci et au pied d’un petit sommet que je prévois d’atteindre une fois la tente montée.

Le bivouac installé, je fais la courte ascension du Garddeorda à 1154m afin d’avoir une vue globale de la suite de l’itinéraire et profiter du coucher de soleil.

Mais à quoi servent des drôles de petites maisons ?

 

Le bilan de cette journée: première traversée de lac, première montée, premier bivouac et premier sommet, c’est riche pour une première. (20kms et 1050m de D+)

07 AVRIL 2017

Excellente nuit et pas si froid que je le pensais malgré un ciel très dégagé. Je démonte le bivouac et départ à 9h30. Aujourd’hui, mon parcours suit une vallée traversant des lacs qui, eux, seront bien gelés.

Un sommet m’interpelle au loin, c’est le Tjalmeaive à 1364m, je vais donc profiter de ce beau temps pour faire un peu de ski. Là encore, il y a un enseignement à tirer. Sur un lac enneigé, l’appréciation des distances est trompeuse et ce sommet sera très long à atteindre. Mais j’ai le temps alors pourquoi ne pas en profiter. A chaque ascension de sommet, je laisse ma pulka en bas et ne prends que le nécessaire dans mon sac à dos. Joli sommet qui me donne le cap pour les prochains jours.

Tjalmeaive (1364m) et ma trace de descente

 

Je continuerai ma journée à remonter cette vallée. Le mauvais temps arrivant vite voir très vite, je m’arrête pour manger à 14h dans une petite hutte et reprends ma route.

Je poserai le camp à 17h00. C’est l’heure que je me suis fixé tous les jours afin de ne pas avoir de pression le soir pour poser la tente et aussi profiter du soleil s’il est présent pour faire un peu de ski aux alentours. J’en profiterai pour faire l’ascension d’un 2ème sommet. La neige est un vrai régal. (23,15kms D+ : 1200m)

8 AVRIL 2017

Encore une belle journée en perspective! En espérant apercevoir une aurore boréale, j’ai passé la soirée à regarder ma carte et y ai repéré un sommet intéressant culminant à 1956m. Le lendemain, devant ce beau soleil, impossible de passer à côté.

Les deux sommets de la veille et les randonneurs en chien de traîneau en bas

 

Je laisse donc ma pulka en bas et commence une longue ascension vers ce sommet. Arrivée à 100m du sommet, j’aperçois des traces de descente d’un groupe de skieurs mais aucune trace de montée, je pense donc dans un premier temps qu’ils ont effectué une traversée. Puis une fois au sommet je me rends compte que ce n’est pas possible, les autres faces sont trop abruptes.

 

Depuis le sommet.

 

Je descends une belle combe remplit de neige froide à souhait pour ensuite remettre les peaux et retrouver ma pulka. Pause repas et poursuite du parcours. Je poserai le bivouac tard ce jour car la météo donné par téléphone satellite ne s’annonçait pas bonne pour le lendemain. (32.22kms D+ : 1924m)

09 AVRIL 2017

La météo est mauvaise comme prévue, brouillard, neige, vent tout y est. Mon but aujourd’hui est de me rapprocher du Kebnekaise pour en faire l’ascension le lendemain si la météo s’améliore. La journée sera usante du fait de la visibilité plus que réduite. Je poserai le camp et je profiterai d’un abri pour mon dîner. (16 kms D+ : 295m)

10 AVRIL 2017

Au réveil le temps n’est pas mauvais, je me lève vite et pars pour tenter l’ascension du plus haut sommet de suède. Mais malheureusement le temps s’est dégradé aussi vite qu’il s’est éclairci et le brouillard s’installe. Le guide que j’ai rencontré à Abisko m’a bien dit de ne pas m’engager en cas de mauvaise visibilité. Je décide donc de continuer jusqu’au début des difficultés en espérant une amélioration mais une congère de plus de 3m formée par le vent des derniers jours me barre la route. Plus de doute possible, le demi-tour est obligatoire. En redescendant, je rencontre un finlandais qui a posé sa tente à 200m de la mienne. C’est l’occasion de discuter un peu et d’échanger sur nos expériences autour d’un café.

 

Bottes des sames en peau de renne

 

De retour à ma tente, la météo est toujours mauvaise. Je décide de rester là et me penche sur la carte pour envisager une autre voie d’ascension. Un autre passage est possible mais pour cela je dois avoir de la visibilité. Je reste donc sur place et me laisse une chance pour demain dans le cas où la météo serait au rendez-vous. (14kms D+ : 645m)

11 AVRIL 2017

Il a beaucoup neigé durant la nuit et au réveil un épais brouillard m’accueille à la sortie de la tente. Tant pis pour le Kebnekaise, je dois avancer et il y a plein d’autres sommets à gravir. Vers midi, le temps s’améliore et je prends 30mins pour manger. Puis le soleil arrive enfin et un sommet s’ouvre à moi. C’est parti! Pulka abandonnée, je gravis ce beau sommet devant les quelques rares motoneiges qui s’arrêtent pour me regarder. Puis au sommet le brouillard revient. Très belle descente ce jour, malgré le manque de visibilité. Je continuerai ma progression dans un brouillard épais et ayant quitté le Kungsleden je suis à présent seul au monde, que du bonheur. Je poserai le camp à 17h00 comme d’habitude, sur les hauteurs d’un lac, très heureux de ma journée malgré la météo. Le ciel se dégageant, je profiterai d’un peu de soleil. (21kms D+ : 975m)

Petite éclaircie du soir

 

12 AVRIL 2017

Il a encore beaucoup neigé mais le ciel a l’air de vouloir se dégager aujourd’hui. Le soleil apparaîtra en milieu d’après-midi après une matinée couverte mais avec de la visibilité pour une fois. En arrivant près du lac Sitasjaure, un magnifique sommet blanc apparaît en forme de volcan. Mais après consultation de mon GPS, il est à 20kms de ma position. Je renonce donc et continue ma route mais m’en rapprochant un peu. Hésitant encore à faire ce long détour, je dors au plus près sans faire de détours et prendrai une décision demain selon la météo. Le piège serait d’effectuer la longue approche en traversant le lac et de me retrouver dans le brouillard ensuite. Instant photos, thé, repas et dodo. (19kms D+ : 270m)

 

Repas du soir au soleil

 

13 AVRIL 2017

Réveil difficile car la nuit fut mauvaise. Je décide donc de partir pour un petit sommet à coté de mon camp en attendant que ma tente sèche. Puis après 10 minutes de montée, mes skis se tournent en direction du sommet vu la veille, je suis là et si je n’y vais pas, je vais le regretter surtout que la météo est bonne. Et c’est comme cela que j’ai effectué l’ascension d’un de mes plus beaux sommets.

Très beau sommet et très belle descente. Une fois de retour, je range la tente, grignote un bout en guise de repas de midi et repars content de mon ascension. Je poserai la tente au bord du lac Autajaure à l’abri du vent derrière une congère. 3 finlandais sont là pour quelques jours et pèche sur le lac glacé. (24kms D+ : 1050m)

14 AVRIL 2017

Aujourd’hui je décide de me reposer un peu et commence la journée à 10h30. Je sais qu’une descente de 4 kms m’attend pour atteindre le village de Ritsem puis une grande traversée du lac Akkajaure. Ritsem, c’est juste une maison pour les touristes avec un petit magasin hyper cher et rien d’autre. Je croise quelques suédois qui me disent que la météo sera mauvaise demain donc si je peux, il vaut mieux traverser aujourd’hui. C’est donc ce que je ferai malgré que ce soit un jour de repos et je poserai le campement de l’autre côté.

Je poserai la tente de l’autre côté

 

Les choses se combinant bien, je fais la rencontre d’un canadien (Steven) et d’un tchèque (Sébastien) qui se sont rencontré à l’aéroport. Sébastien doit repartir à Ritsem pour prendre un bus qui le ramènera à Kiruna pour rentrer chez lui et Steven veut traverser une petite partie du Sarek. La soirée fut comique car Steven est partis un peu avec la …. Et le couteau, ne disposant que d’une tente 3 saisons, d’un sac de couchage extrême -12 et sans vrai vêtements contre le froid hormis sa gore tex alors que les températures annoncées sont de l’ordre de -10 à -30°. Heureusement, Sébastien qui devait partir lui laissera sa tente, que Steven lui renverra une fois rentré. Ils m’informent que des rennes ont été vus par des personnes en moto neige mais cela nécessite un détour sur mon trajet. Mais partir de suède sans voir de rennes c’est comme aller à Paris sans voir la tour Eiffel. Et puis ça rassure un peu Steven que je parte dans la même direction, au cas où. C’est donc décidé, demain je pars à la recherche des rennes avec mon ami canadien. (24,5kms D+ : 345m)

Coucher de soleil sur le Akka

 

15 AVRIL 2017

Nous disons au revoir à Sébastien qui repart chez lui et nous partons en direction des rennes à l’entrée du parc du Sarek. Nous prenons notre temps pour bien observer la forêt à l’affût d’un animal mais nous ne trouvons rien malgré les nombreuses traces visible dans la neige.

Nous passons tout de même une bonne journée en forêt et décidons de prendre un peu d’altitude pour poser la tente et faire quelques belles photos. (18,5kms D+ : 850m)

Notre campement

 

16 AVRIL 2017

La nuit fut froide, et au réveil un grand soleil nous accueille. Nous plions la tente et continuons sans trop l’espoir de croiser des rennes car nous sommes sorti de la forêt.

Direction le Sarek

 

Arrivé sur un plateau, je découvre le sommet Akka. C’est le 4ème sommet le plus haut de suède.

Steven, comme toutes les personnes que j’ai pu croiser, a des skis de randonnée nordiques. Il ne peut donc pas faire d’ascension, mais je ne peux pas passer à côté de cette occasion par cette météo. On se dit au-revoir, on se souhaite bon courage pour la suite et je pars pour l’ascension du Akka. Très beau sommet avec une fin en arête neigeuse un peu aérienne. Le vent se lèvera tout de même et épuisera la batterie de ma GoPro. Je croiserai un petit groupe mené par un guide suédois qui sera impressionné par ma descente dans les pentes raides de la face nord que j’ai repérées à la montée.

Vue depuis le sommet du Akka – On peut voir l’ensemble du parc du Sarek

 

Ensuite récupération de ma pulka et pose du camp. Cette journée aura été l’une des plus ensoleillé. (18kms D+ : 1330m)

17 AVRIL 2017

Je suis enfin dans le parc du Sarek hors des chemins parcourus et seul. La deuxième partie de mon aventure peut commencer. Aujourd’hui la météo est toujours aussi bonne, pas un seul nuage à l’horizon. Je décide donc d’en profiter pour choisir un sommet. J’en choisis un et pars en faire l’ascension par une pente sud assez raide (45°) pour redescendre par le même itinéraire.

Durant cette ascension, je découvre un sommet, qui m’était caché, avec une belle arête neigeuse, pas de doute, je dois m’y rendre.

Une fois en bas, je déplace ma pulka au plus près et monte ma tente pour la séchée en me disant que je ferai le sommet demain. Mais il est 16h30 quand j’ai fini de monter le camp; que faire…? Surtout que la météo de demain m’est inconnue. Je chausse les skis, prends mes crampons et piolets dans mon sac et pars pour ce beau sommet. Je ne cache pas que l’ascension fut dure. Ce que je voyais était une antécime et non le sommet. Mais une fois en haut vers 19h30 le spectacle fut grandiose et la descente superbe avec un soleil commençant à se coucher vers 20h30.

Une fois en bas, il ne fallait pas traîner pour faire tout le rituel du soir, non non rien de religieux, juste faire fondre la neige pour l’eau du lendemain, préparer le thé pour la nuit, l’eau chaude pour le repas, comme tous les soirs. Excellente journée.

Coucher de soleil

 

18 AVRIL 2017

Au réveil, le beau temps est toujours là, mais des nuages menaçants arrivent du sud et à 10h30 neige et brouillard sont de mise. Les possibilités d’ascensions disparaissent aujourd’hui, mais la journée d’hier m’ayant entièrement comblé et quelque peu épuisée, je suis content de cette petite journée reposante. J’avancerai sans réel objectif et lentement pour ne pas sortir du Sarek trop tôt. J’aimerai faire l’ascension du Mont Sarek le lendemain. C’est là toute la difficulté d’une journée de mauvais temps, avancer mais pas trop non plus pour ne rien perdre de cette aventure. Je passerai près de la seule cabane d’urgence se trouvant au milieu du parc. C’est un petit local avec un téléphone d’urgence et une autre petite pièce avec une table. Je ne m’y arrêterai pas.

Je poserai le camp tôt aujourd’hui, vers 16h30. Par chance, le dégel ayant déjà commencé, je récupère l’eau dans une rivière ce qui me fera gagner du temps ce soir.

Bivouac du jour

 

Je suis à un point de décision car j’ai le choix de faire un détour dans le parc ou bien attendre que le beau temps arrive. Je me renseigne sur la météo par téléphone satellite: Brouillard et neige pour les 4 prochains jours avec un vent qui se renforce. Je dois donc revoir mes plans. Rester dans le parc ne m’apportera rien de plus car le mauvais temps m’empêchera de faire des acensions; et continuer dans le brouillard n’est pas vraiment palpitant.

19 AVRIL 2017

La nuit a porté conseil, il me reste 8 jours de nourriture si je me sers un peu la ceinture. Je vais donc sortir du parc et me diriger vers la ville de Nikkaluokta se situant à 130 kms d’ici en espérant avoir de bonne conditions pour éventuellement retenter l’ascension du Kebnékaise par une autre voie qui sera peut-être en condition cette fois ci. J’ai le temps, la ressource physique et assez de nourriture. Je continuerai donc à descendre dans la vallée toute la journée et poserai le camp près d’un petit couloir raide en neige qui est envisageable le lendemain matin si les nuages sont hauts.

Bivouac dans les bois à l’abri du vent

 

20 AVRIL 2017

Le brouillard est toujours présent mais je perds peu à peu de l’altitude et me retrouve sous le plafond nuageux. Les rivières sont de plus en plus ouvertes et les ponts de neige deviennent fragiles. Je repère de vieilles traces de moto neige et les suit au mieux. Il neige beaucoup encore et je me dis que j’ai pris la bonne décision, le manteau neigeux se stabilisera le temps que j’arrive aux pieds du kebnekaise. Je m’offrirai le luxe d’un repas à l’abri d’une petite hutte ce soir.

21 AVRIL 2017

Beaucoup de vent aujourd’hui et de face pour ne rien changer. La journée commence par une grande traversée de lac puis une forte montée très fatigante avec la pulka malgré que le poids ait bien diminué depuis le départ. Mais comme je dis souvent, derrière chaque montée il y a forcément une descente. Le problème est qu’avec la pulka, les descentes sont assez sportives car au moindre relief elle se retourne. La vue se dégage et les paysages sont grandioses. Vers 16h, je croise une femme en ski de randonnée nordique. Elle me pose des questions sur mon parcours et m’informe qu’elle est la gardienne du refuge se trouvant être au bout du lac. Fermant le lendemain, il lui reste de la nourriture alors si je veux je peux venir récupérer de la nourriture pour la suite. Cela tombe bien car le temps d’arriver au refuge, il est 17h et donc l’heure de poser le camp. Ce soir, ce sera donc pates, beurre et jambon et j’avoue que cela ne me déplais pas.

22 AVRIL 2017

La nuit fut parfaite après ce bon repas, et heureusement, car je commence par une longue montée, comme la veille. Le ciel est dégagé mais il y a beaucoup de vent. Aujourd’hui j’ai une chance incroyable. Je m’arrête à l’abri d’un mouvement de terrain pour faire du thé et je m’aperçois que plus loin quelque chose bouge. Une fois le thé fait et bu, je repars en direction de ce que j’ai vu. En me rapprochant, je devienne de plus en plus ce que c’est. Après les avoir cherchés quelques jours auparavant, ils sont là en face de moi. Une vingtaine de rennes sont venus manger dans ce vallon où quelques arbres ont apparu après la fonte des neiges. Je prends quelques photos et repars pour ne pas les déranger.

Un renne

 

Ce moment aura égayé ma journée. J’installerai mon camp sur le haut d’une colline pour commencer la journée du lendemain par une descente et profiter au maximum du soleil qui est revenu.

Bivouac hivernal

 

23 AVRIL 2017

La journée commence par une descente sportive damée par les motoneiges qui amènent les touristes faire des tours sur le plateau. Ma pulka se renverse à plusieurs reprises. Je dois ensuite traverser le lac qui parait bien dégelé, mais un chemin balisé par des piquets m’indique un passage sure avec des traces de motoneige. Je le remonte pour arriver à Vietas. Devant l’état du lac, je m’interroge sur la praticabilité de l’itinéraire que je veux emprunter pour la suite de mon aventure car il traverse deux lacs et un passage délicât dans des gorges.

Retour à la civilisation

 

Je décide donc de me renseigner chez les personnes conduisant des motoneiges. Je m’arrête dans un petit restaurant et le patron me dit que personne n’est allé là-bas depuis quelques semaines. Je décide donc de m’arrêter là en me disant que j’ai déjà parcouru un bon bout de chemin. De plus, le bus pour rejoindre la prochaine gare part dans 2 h ce qui me laisse le temps de manger un peu.

Un bon repas qui, je ne le sais pas encore, me fera repartir

 

16h05, je me dirige vers le bus, récupère ma pulka que j’avais laissée dehors et c’est le ventre plein que je décide de tout de même d’allé voir ce lac, j’ai le temps et si ce n’est pas bon, je peux toujours faire demi-tour. Je poserai le camp dans une belle forêt de pin où je trouverai une petite place sans neige, un peu de verdure, ça fait du bien de temps en temps.

24 AVRIL 2017

Départ un peu tardif, c’est une journée décisive car quelques kilomètres après j’aurai un visuel sur le lac que je dois traverser. Si la glace est trop mince, je ne pourrai pas prendre le risque de traverser et ferai demi-tour. Arrivé au lac, je vois que le centre est dégelé et que l’eau est apparente, du coup je vais essayer de le longer sur le côté en suivant la cote ce qui rallongera de quelques kilomètres mon parcours.

Aujourd’hui, je réussirai à franchir le premier lac et traverserai une grande partie du deuxième. Je poserai le camp avant la traversée qui m’amènera près du Kebnekaise. Ce sera le plus bel emplacement de ce voyage, j’aurai le soleil jusqu’à 22h30, avec le jeu de lumière qui va avec.

25 AVRIL 2017

Départ sous le soleil mais avec beaucoup de vent. La nuit fut très froide et je mettrai du temps à plier la tente. Je pars vers 10h. La montée est très difficile, je n’arrive pas à avancer avec les skis et je déchausse pour les 400m de dénivelé à parcourir. Aujourd’hui je croiserai beaucoup de moto neige qui parcours le chemin pour fermer les habitations car cette période de l’année est spéciale. La glace est trop fine pour circuler, mais est trop présente pour que les bateaux naviguent dessus. Les habitants reviendront donc au mois de juin. La journée se terminera au refuge de Singi au pied du Kebnekaise, où je dormirai pour la première fois depuis trois semaines à l’intérieur d’une hutte. Le refuge est très confortable, on dispose d’une cuisine, d’un poêle dans le salon et dans la chambre. Les lits sont grands et chacun équipés d’une couette, le gros bémol est que le prix est exorbitant, 50 euros la nuit, sans petit déjeuner ni repas. Mais bon, ma nuit au chaud sera très apprécier par mes pied et mes mains qui ont gelées durant la nuit dernière, heureusement, je me suis réveillé et voyant le bout de mes doigts blanc, j’ai mis mes gants et réchauffé mes mains dans mon sac de couchage. Aujourd’hui, j’ai juste un manque de sensations.

Massif du Kebnekaise et le refuge de Singi en bas

 

Durant le repas, 2 norvégiens me disent qu’ils ont tenté l’ascension du Kebnekaise en crampons et ont abandonné car le vent de ces derniers jours a énormément chargé les pentes, rendant leur progression lente et difficile. Décision à prendre demain matin.

26 AVRIL 2017

La nuit aura été d’un grand confort. C’est reposé et motivé que je pars ce matin, espérant pouvoir réaliser l’ascension du sommet convoité. Malheureusement, les nuages arrivent, les informations récoltées la veille n’étant pas bonnes non plus, je décide de renoncer. Je rejoins la station du Kebnekaise et voyant que la piste manquait de neige, c’est en moto neige que je finirai mon aventure en direction de Nikkaluokta, après 435kms et 17500 m de dénivelé positifs.

Nikkaluokta, fin de l’expedition

1 commentaire

PATRICK

Une Aventure avec un grand « A » qui force vraiment le respect !!!
et en plus des paysages à couper le souffle…..
Bravo !!!!

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