C'est vous qui le dites ! Kirghizistan

Trek au Kirghizstan

31 mai, de retour en France depuis quelques semaines après 17 mois de voyage, (m’ayant mené de la Nouvelle-Zélande au Sri Lanka, en passant par Hawaii, la Polynésie Française, la Nouvelle Calédonie et l’Indonésie) il est temps de repartir. Une nouvelle fois en Asie, mais  désormais dans sa partie centrale, à la recherche d’une culture et de paysages bien différents. Le Kirghizstan est à la fois constitué de montagnes (Tian Shan), comprenant des sommets imposants de plus de 7000m, de steppes, mais aussi de parties très sèches et arides, où les températures estivales atteignent les 40° C. Je m’envole donc pour 5 semaines, accompagné d’un ami, sans programme prédéfini mais une certitude, la randonnée sera au cœur de ce voyage.

La première partie de ce voyage débute dans les environs de Karakol. Le temps n’étant vraiment pas de la partie, nous y passons les 2 premiers jours, attendant que la météo s’améliore.

Nous prenons le bus jusqu’au départ de la randonnée pour la vallée d’Altyn Arashan, 17 kilomètres, longeant la rivière la majeure partie du temps. Sur le chemin nous rencontrons bon nombre de chevaux, vaches et moutons, en semi-liberté.

Moutons par dizaines sur le chemin

 

À peine arrivés, la pluie commence à tomber. Nous décidons alors de dormir à « Ala-Kul Guesthouse ».

Ala-Kul Guesthouse

 

Ses propriétaires sont tout simplement fantastiques, extrêmement généreux et sont très intéressés par notre culture (tout comme nous par la leur). Ils parlent tous deux anglais, ce qui facilite les échanges. Nous discutons longuement.

5 Juin

Le passage au col en direction d’Ala-Kul étant très enneigé, nous nous résignons à faire la boucle et revenons sur Karakol. De là nous partons pour 5 jours de trek en autonomie, jusqu’à Jeti-Oguz. Il est possible de réaliser ces 70km plus rapidement, mais nous ne sommes pas pressés, prenons notre temps et composons avec une météo plutôt capricieuse. Nous préférons ainsi nous arrêter quand, en milieu d’après-midi, les conditions climatiques se dégradent, nous empêchant de profiter pleinement de la beauté des lieux.

C’est donc après être restés 2 jours (pluvieux) dans la ville de Karakol, que nous commençons ce pourquoi nous sommes principalement venus ici : randonner.

La première étape de l’itinéraire commence donc à Karakol, dans la vallée et suivant la rivière qui porte son nom. Nous croisons bon nombre d’équidés sur notre chemin, pour la plupart en liberté (d’autres ont les pattes attachées entre elles à l’aide d’une corde). C’est la fin du printemps, les juments mettent ou ont mis bas récemment. Les poulains sont nombreux également, au côté de leur mère, dans cette vallée encaissée dans laquelle coule cette rivière, libre et sauvage, méandreuse par endroits, de couleur bleu crémeux.

Une jument et son poulain dans la vallée de Karakol

 

Le temps semble presque s’être arrêté ici, nous sommes seuls depuis que nous avons quitté la ville. Parfois, nous apercevons un nomade au loin. Ils seront plus nombreux dans les semaines à venir, à installer leurs yourtes dans les vallées. Nous montons le camp 4 heures et 17km après être partis.

Premier campement dans la vallée de Karakol

 

Quel bonheur de bivouaquer dans un endroit pareil, avec comme musique, les douces sonorités de la rivière, non loin de là.

7 Juin

Le jour suivant, nous laissons la tente et les affaires et partons, légers, en direction du lac Ala-Kul. Le dénivelé du jour est un peu plus important que la veille (1000m) et la distance au lac n’est que de 6 km. Nous commençons à voir des marmottes, nous sommes désormais aux alentours des 2 800m d’altitude. Les trois derniers kilomètres de montée longent un petit cours d’eau. Les arbres ont maintenant disparu et laissent place à un paysage alpin presque exclusivement minéral. Après quasiment 3 heures de montée, nous voici arrivés au sommet du col, duquel nous apercevons Ala-Kul. Le lac commence à dégeler sur ses bords mais il est toujours recouvert de son habit d’hiver, résidus d’une épaisse couche de glace.

Lac Ala-Kul, perché à 3 560m

 

À peine 5 minutes que nous contemplons le lieu que du grésil se met à tomber. Nous y prenons tout de même un encas, constitué de lepechka, leur pain local, et de fromage. Nous redescendons ensuite dans la vallée.

8 Juin

Cette journée est un échec. En effet, nous quittons notre campement tard dans la matinée. À peine deux heures et 6.5 km que nous marchons. Pas vraiment motivés et à la vue des conditions météo qui se dégradent, nous décidons de planter la tente. Il est à peine 13h, mais l’endroit est superbe, et il serait dommage de continuer le chemin alors que nous savons pertinemment que la vue serait bouchée en continuant à avancer.

Bivouac pour la troisième nuit

 

La pluie se met rapidement à tomber, puis la grêle. Lorsque cela cesse, les sommets environnant sont recouverts par une fine couche blanchâtre.

Sommets quelque peu blanchis après les précipitations

 

Au fur et à mesure que les heures défilent, chevaux et vaches se rapprochent lentement de l’endroit où nous sommes installés. À la tombée de la nuit, ces derniers se répartissent tout autour de nous.

Vaches et chevaux autour de la tente

 

9 Juin

Réveil ensoleillé, les animaux sont toujours là. Nous partons à l’assaut du col qui nous permettra de basculer dans une autre vallée.

La journée ne commençait pas si mal

 

Les nuages ne promettent rien de bon, mais il faut tout de même avancer. Les névés sont encore assez importants sur la route du jour. Le problème est que nous nous enfonçons jusqu’à la taille lorsque nous essayons de les traverser, ce qui nous fait perdre du temps et de l’énergie.

La neige commence à tomber. Nous évitons les névés où l’on s’enfonce

 

Nous décidons donc de les contourner et composons avec quelques parties d’escalade. Le vent s’est levé et il neige désormais. Nous atteignons le col (3 800m) un peu essoufflés, nos 17kg sur le dos et l’altitude n’aidant pas.

La descente s’effectue en majeure partie sous la pluie. Le chemin devient boueux et assez glissant. Après 15 km, nous arrivons dans la vallée de Jeti-Oguz, où l’on monte la tente pour la nuit.

Le lendemain matin, le temps est splendide et des dizaines de juments sont à proximité avec leurs poulains. Devant nous, des sommets et leurs glaciers se dressent, dont le majestueux Pic Yeltsin.

Dernier bivouac avant de rejoindre Jeti-Oguz

 

Nous redescendons la vallée et sur le chemin de Jeti-Oguz, nous nous faisons inviter à partager un repas avec un groupe de jeunes kirghizes, venus camper ici pour le week-end. Les conversations sont limitées puisque nous ne parlons ni leur langue ni le russe et qu’eux ne parlent pas anglais. Malgré cela, nous partageons un très bon moment.

 

Durant ce voyage, nous aurons marché près de 300 km, principalement entre 2 500 et 4 000m d’altitude, mais c’est sur la première étape que nous serons réellement en autonomie. Ayant fait le choix d’explorer plusieurs parties du pays, nous avons dû user des marshrutkas (mini-bus locaux) ou faire du stop pour parcourir des distances bien trop importantes à faire à pieds en 5 semaines.  Les randonnées suivantes ne dureront jamais plus de deux jours, et les nuits se passeront sous la tente ou en yourte. Nous avons néanmoins pu explorer des endroits magnifiques, notamment dans le nord-ouest du pays (vers Kel-Suu et la vallée de Tash Rabat), à la frontière avec la Chine, où il est nécessaire d’obtenir un permis pour s’y rendre.

L’impressionnant lac Kel-Suu

 

Montagnes du Nord-Ouest, à la frontière avec la Chine

 

Ce voyage fut une très belle expérience, les paysages et la nature y sont fantastiques et les Kirghizes sont exceptionnellement généreux et bons.

5 commentaires

Françoise Bruckmann

Très beau reportage : des photographies magnifiques accompagnées de textes très bien écrits .

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Guilland

Magnifique 💕
Merci pour ce récit et ces photos qui éveillent en moi le rêve d’y aller un jour.

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