C'est vous qui le dites ! Kirghizistan

21 jours d’autonomie et d’immersion en famille au Kirghizistan

Comme depuis plusieurs années, ma sœur, mes parents et moi profitons de nos vacances pour voyager autour du monde. Nous commençons par scruter les régions du globe sur l’atlas pour enfin trouver notre destination.  La décision est prise : cet été ce sera le Kirghizstan, un petit pays d’Asie centrale.  

Arrivés à la capitale Bichkek, nous sommes  instantanément immergés, pris par un groupe d’autochtones qui propose de nous transporter jusqu’à notre point de départ. Durant le trajet, l’amitié se crée entre nos deux kirghizes et nous. Ils sont même prêts à venir nous rechercher à la fin du périple.
Il fait nuit noire lorsque nous arrivons au petit bled de Saryboulak, nous cherchons un endroit au calme pour planter notre tente. La nuit est courte mais le début d’un long voyage nous attend.

Un petit avant-goût des plateaux du Kirghizistan

Les premiers jours sont  difficiles, nous devons habituer notre corps au rythme de la marche et à l’altitude.  Si nos sacs à dos sont lourds (de 16kg à 22kg), la rencontre avec la civilisation nous encourage. 

Photo de famille

Les bisous langoureux dans le cou par des Khirghizes édentés et les petits tours à dos d’âne pour traverser les rivières nous rapprochent de leur culture.

RER spécial Kirghizistan!

 

L’itinéraire bien tracé par mon père est conçu pour que nous marchions  entre 15 et 25 km par jour. 

Les trois dames vers Ak-Kyya

 

Après environ une semaine de marche, 3 ou 4 maisons et yourtes croisées, des dizaines de yacks rencontrés, nous quittons le chemin pour rejoindre un sentier de terre battue. Après quelques heures passées sur ce sentier au bord de l’eau, nous décidons de poser la tente et de profiter de l’eau pour nous baigner et nous laver.

Une bonne douche dans Jil suu river

 

La fin de journée approche et dans l’horizon au loin on aperçoit la silhouette de deux personnes à cheval. Deux adolescents viennent à notre rencontre intrigués par notre passage devant leurs yourtes en début d’après-midi. Après de maigres échanges dus à la barrière de la langue, ceux-ci nous proposent du Koumiz, une boisson typique composée de lait de jument fermenté. Nous étions 4 à goûter mais seul papa a fini la bouteille de 0.5L. Une fois celle-ci terminée et papa bien ballonné, les deux jeunes sont partis. Ils attendaient juste que tout soit fini comme la coutume l’exige.

A l’arrêt de midi, tout en mangeant nos cacahuètes dans une prairie d’Edelweiss, nous vérifions l’itinéraire.  Notre tracé est établi à partir de carte de l’armée soviétique datant d’environ  50 ans. Or à l’analyse de la carte, nous avions déjà eu un mauvais sentiment. Nous devons passer par des gorges très abruptes au niveau d’une rivière glacière tumultueuse. Le passage est visiblement trop dangereux, il faut le modifier. Nous prenons un itinéraire passant par les moraines. La montée se révèle plus facile que prévue.

Montée dans la moraine jusqu’au col à plus de 4000m

Les trois fourmis au milieu des montagnes

 

Le terrain est très minéral, déchiqueté, des pierres plates glissantes nous imposent d’être vigilants à chaque pas. Nous sommes tellement concentrés que nous ne sentons pas l’altitude. Arrivé en haut, j’en pleure tellement c’est beau !

Face à nous, à quelques mètres des glaciers, aucune végétation, aucune trace de vie uniquement un champ de blocs et plus loin des sommets qui nous rappellent où nous sommes.

Le chef en plein champs de mars

 

Mais ce n’est pas fini derrière nous le paysage est encore plus grandiose notre regard se perd dans les sommets du massif du Pamir montagneuse. Notre trajet semble minuscule. Nous nous sentons comme des fourmis perdues au milieu d’un champ. La grandeur des sommets nous rappelle que nous sommes seuls …

Dans cette ambiance magique, nous n’avons pas besoin de communiquer, le simple fait de regarder nous suffit. Il faut pourtant avancer. Le parcours devient rapidement chaotique, nous devons escalader des blocs, remonter dans d’anciens couloirs de fonte des glaciers toujours humides, collants et glissants. Tout ça à plus de 4000m avec le sac à dos chargé. Enfin nous arrivons au col. A notre droite un peu plus bas, un petit lac glacière d’une eau transparente nous attire immédiatement. De l’eau !!! La descente dans les blocs coupants, rendu encore plus glissant par la présence de lichen prend du temps et surtout nous fatigue tant nous devons nous concentrer à chaque pas. Au loin, plus bas, la toundra nous tend les bras. Nous pensons déjà au moment où nous pourrons installer notre tente à plat à côté d’une rivière. Mais non… Au fur et à mesure de la descente, les blocs sont remplacés par des terrains herbeux mais gorgés d’eau. Impossible de trouver une surface plate et surtout sèche. Nous devons continuer malgré la fatigue, les pieds trempés. Finalement, après plusieurs heures de recherches nous installons la tente à deux centimètres de la rivière, sur un mètre carré de terrain à peu près sec. Il nous faut alors peu de temps pour rejoindre notre sac de couchage. Nous nous endormons encore plein d’émotions.

Le lendemain, nous poursuivons la descente, le paysage change rapidement : nous passons vers un superbe lac où des chevaux en liberté nous accueillent. Nous sommes surpris de voir des poissons, malheureusement ils sont trop petits pour être manger !! 

A côté du lac Ozero Ekurgerkel et face aux montagnes chinoises et au désert du Takla-Maken

 

Mais le paysage ne finit pas de changer. Avant d’arriver en contrefort du désert du Takla-Makan, nous passons par une région ou le sol est tantôt craquelé, tantôt boueux. Ce dernier  se dérobe par moment lorsque nous sommes obligés de passer aux abords de grande cuvette d’eau croupissante mettant en évidence des phénomènes de glissement de terrain récent. Il faut être extrêmement vigilant.

Le changement de paysage quand nous arrivons au bord des contreforts du désert

 

Une bouffée de chaleur nous envahit. Nous somme passés de la luminosité des sommets à la brume du désert, d’une ambiance de glace à un univers de sable. Il fait chaud, la soif se fait sentir. Notre réserve d’eau s’épuise rapidement… En fin de journée, nous arrivons au bord d’une grosse rivière. Nous quittons nos vêtements et notre sac et nous plongeons dans l’eau glaciale venant des sommets. C’est plus fort que nous !

Un bon bain au soleil, fini les odeurs!

 

Nous décidons de contourner les montagnes pour se rapprocher de la mine de Kumtor.

En direction de la mine de Kumtor

 

C’est bien moi le Mouflon

 

Le temps devient menaçant : il pleut et le brouillard envahit le plateau. Nous sommes constamment entourés de chevaux sauvages. Ils nous forcent à avancer en nous talonnant. Nous sommes sur leur territoire, ils nous encerclent. Il n’est pas possible de s’arrêter. Le cheval de tête se cambre dès que nous retournons où que nous baissons le rythme de la marche. Nous ne sommes plus maîtres des lieux, ce sont les chevaux qui décident. Lorsque la lumière commence à baisser, il faut trouver où dormir. Nous repérons un monticule le long de la rivière un peu en retrait des chemins marqués par les chevaux. Il semble qu’ils ont compris. Ils nous laissent nous installer tout en restent autour de nous. Toute la nuit, nous les entendons tourner autour de la tente. Cela nous rappelle la nuit où une semaine avant, nous avions du décamper de peur d’être écrasé par les yacks qui dévalaient la montagne.

Le chemin nous amène dans une nouvelle plaine, les chevaux nous quittent au bout de leur territoire. Nous retrouvons la solitude et les chaines de montagne nous encadrent de nouveau. Tout d’un coup, au détour d’une colline, trois enfants à cheval chargé de surveiller la yourte familiale et le troupeau de mouton nous abordent.

Les trois mercenaires

 

L’aîné d’environ 13 ans chevauche un superbe cheval, elle est ravie de pouvoir échanger quelques mots en anglais avec nous. Elle nous explique que pour elle et ces deux frères, les vacances consistent à aider leurs parents à garder les moutons. Ils sont là au milieu de nul part. Le reste de l’année, ils partent à l’école on ne sait pas exactement où mais ils en sont très fiers.

On poursuit notre périple en rejoignant la route qui mène à la mine. La menace de l’orage et des éclairs nous poussent à planter la tente à côté d’un étang. Nous avons maintenant atteint l’extrémité est de notre parcours. Nous revenons maintenant par la montagne.

Après plusieurs jours de marche, plusieurs cols passés, nous redescendons des sommets. Au fur et à mesure, nous passons des énormes yacks aux chevaux. Nous nous arrêtons au bord d’une rivière. Cette fois, c’est décider on va pêcher. L’eau est si transparente que l’on distingue les poissons. Equipé du tee-shirt de ma sœur, tee-shirt à trous semblable à un filet, après avoir construit une petite digue à l’extrémité de la crique, nous rabattons les poissons. Mon père les éjecte sur l’herbe au fur et à mesure. Nous sommes au paradis : du poisson frais au diner, des paysages grandioses, une eau bleue, cristalline pour nous baigner, un soleil radieux, la vie autour de nous avec les animaux, on pourrait y rester des jours.
Le lendemain, nous montons un nouveau col mais la marche est dure.

Petit repos bien mérité dans la montée

Arrivé au col, enfin!! ouf

Descente du col bien méritée

 

Il faut monter dans les rochers, il n’y a pas de chemin. Nous arrivons enfin sur un grand plateau. L’orage menace de nouveau.

Après l’orage une éclaircie

 

Nous voyons au loin, posée sur un énorme rocher, une énorme tête de Mouflon de Marco Polo. Avec Adèle, nous décidons de la prendre. Nous sommes obligés de la porter à deux tellement elle est lourde. Elle doit faire au moins 20 kg !!!!

Notre trophée

 

Il ne nous reste maintenant plus qu’un col à passer avant de descendre au lac Yssyk Koul. Mais aussi une grosse rivière à traverser. Nous longeons la rivière jusqu’à trouver un endroit où l’on a pied. Il faut enlever les chaussures et le pantalon, nous traversons en nous tenant la main afin de ne pas être emporté par le courant. Le temps change, nous décidons de monter la tente pour profiter des derniers instants dans la montagne. Au matin, la neige recouvre les paysages, nous gravissons le col en retrouvant les yacks au sommet avant de voir la longue vallée qui mène au lac.

La longue descente vers le lac Yssyk Koul

 

Nous croisons nos premiers touristes après 20 jours de marche. La descente nous permet de passer de la montagne rocheuse aux gorges arides puis voilà les premiers arbres. Quelle belle surprise, des abricotiers alors que nous somme encore à 2800m d’altitude !

La récolte d’abricots fut bonne

 

Nous descendons encore avant d’arriver au lac, nous en profitons pour remplir notre estomac d’abricots frais. Cette dernière nuit, nous la passons sur la plage de sable blanc, personne aux alentours, il nous semble être au bord de la mer.

Nous voilà arrivés au bord du lac !

Après l’effort le réconfort

 

En final, nous aurons marché 20 jours pour une distance totale de 430 km à une altitude moyenne de 3800 m environ. Un parcours inédit tracé par nos propres désirs. Une faune semi sauvage (yacks, chevaux, moutons, …), une flore riche (tapis d’Edelweiss, parnasie, saxiphrage,…) et des habitants attachant perdus dans les montagnes.


Ecrit par Camille THOMAS (17 ans) et sa famille (Adèle 18 ans, Richard 48 ans et Isabelle 51 ans).

7 commentaires

DESPLEBIN Serge

Commentaires et photographies remarquables qui nous permettent de participer à ce superbe périple.
Bravo Camille

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robin

Quel beau voyage vous avez dû faire !.
Bon récit, très agréable à lire.
On vous souhaite encore beaucoup d’autres voyages.

Réponse
maguer guy

Bravo Camille une expérience de vie et une aventure avec des souvenirs inoubliables .Parmi tant d’autre

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