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Colombie : Ascension de l’Alto de Letras

J29, depuis Manizales, Colombie, 1264 kms: récit de l’ascension de l’Alto de Letras.

 

Lundi 04 juin, 6h. Un gros petit déjeuner m’est délicieusement préparé par mon hôte d’Honda, Julio. Un petit déjeuner, dit il, « à la hauteur de ce qui va m’attendre ces deux prochains jours ». Le ton est donné. Je m’élance alors depuis  la belle ville coloniale d’Honda, à 200 mètres d’altitude, aux premières lueurs du jour. La température est déjà de 27 degrés, l’humidité proche de 100%, les premières gouttes de sueur tardent peu à perler sous mon casque.

 

Les premiers virages du col dans la chaleur humide de la vallée du Magdalena

 

Les vingt premiers kilomètres sont une mise en bouche avec un faux plat montant progressif jusqu’à Mariquita (500m). Puis à la sortie de la ville, un virage à droite, une petite descente jusqu’à la rivière, et, une fois franchi le pont, se dresse face à moi les premiers hectomètres de ce mastodonte de col. Ce type de col n’existe pas en Europe, un géant de 80 kilomètres qui débute dans la fournaise de la plaine du Rio Magdalena pour aller ensuite péniblement, après de multiples reprises, atteindre les sommets de la Cordillera Central, dans un paysage de « Paramo », ces écosystèmes d’altitude typiques de la Colombie. Julio m’avait prévenu: « les premiers kilomètres en ont découragé plus d’uns… une fois passés,  la pente se fait plus douce… en tout cas avant le prochain mur!… Et surtout un conseil: ne pense jamais à tout ce qu’il te reste avant d’ arriver à ton objectif. Pédale et ne pense qu’à l’instant présent, aux lignes jaunes qui défilent sous tes roues. ». En effet, les 5 premiers kilomètres, avec ses pentes dépassant les 10%, ont le don de mettre un coup au moral. Heureusement prévenu, je passe cette première épreuve et avale les 15 autres kilomètres pour atteindre la prochaine ville de l’ascension: Fresno, une bourgade sans charme particulier mais qui a le mérite, avec ses 1500 mètres d’altitude d’avoir un air beaucoup plus respirable qu’en plaine . Il est 12h30, voilà déjà 5h30 que je roule, 3h30 et 25 kilomètres que ce col a été entamé. Lors de ma pause  déjeuner dans ces typiques petits restaurants de Colombie qui proposent un « almuerzo corriente » pour moins de 2€, jus de fruit frais et café compris, je reprends des forces et étudie la carte pour imaginer quel sera mon endroit pour dormir. Padua, situé 17 kms  plus haut et perché à 2100 mètres d’altitude  semble alors une bonne idée, se trouvant exactement à la moitié du parcours. La panse remplie et avec cet objectif en tête, je rejoins cette petite localité 2 heures plus tard (notez une vitesse moyenne vertigineuse de 7km/h…) sans trop de difficulté, malgré les très dures rampes pour sortir de Fresno. Arrivé aux abords de Padua, le brouillard qui m’accompagne depuis ma pause méridienne se dissipe et me laisse profiter pour la première fois depuis le début de l’ascension des superbes sommets alentours, des profondes vallées creusées par de capricieux torrents et, dessiminés sur les flancs de la montagne, de nombreuses fincas peuplant ce massif.  C’est, adossé à la statue d’une vierge marie, que je contemple ce spectacle et que je profite des rayons de soleil pour sécher mon t shirt trempé de sueur… J’hésite à installer mon bivouac pour la nuit au pied de cette protection divine mais les abords de la route toute proche et mes gourdes presque vides m’incitent plutôt à rejoindre le village de Padua afin de faire le plein de provisions. L’animation et la bonne humeur qui règne dans ce petit bourg perché dans la montagne, et un hôtel de passage à 6€ la nuit promettant  douche et lit confortable, ont alors raison de mes véléités de bivouaquer pour cette nuit…

 

Vue du coucher de soleil depuis Padua

 

Mardi 05 juin, 6h, le réveil sonne, ma nuit de 9h a été réparatrice. Après un frugal petit déjeuner dans la boulangerie de la rue, je démarre une heure plus tard. Pas le temps de s’échauffer. Les premiers coup de pédale sont raides mais le ciel dégagé et la mer de nuage qui s’offrent à moi sont mes meilleurs carburants pour débuter cette deuxième journée d’ascension. Les vingt premiers kilomètres sont assez bien négociés, le tout dans un paysage oscillant entre pins, forêt tropicale et prés verts… La particularité des cols andins, et notamment de Colombie, réside dans la fait que, à la différence des cols alpins, leurs ascensions sont juchées de nombreuses descentes qui permettent de relier un versant à un autre. Ceci explique ces 80 kilomètres d’ascension. Dans un  col alpin classique, une telle montée (ça n’existe pas) reviendrait à atteindre les 7000 mètres d’altitude! Seulement ici, une partie des quelques centaines de mètres de dénivelé arrachés à la montagne sont aussitôt « rendus » à cette dernière au prix d’une descente de plusieurs centaines de mètres. Ces nombreuses descentes, loin de permettre au corps de se reposer exercent plutôt l’effet inverse et ont le don de décourager le cycliste en quête de son saint sommet…

 

Le soleil est présent ce matin au-delà de 2000 mètres, un splendide spectacle !

 

Il me reste donc encore vingt kilomètres, il est 9h30. Je viens de prendre un « agua de panela con queso » (une eau chaude sucrée à partir d’une pâte extraie de la canne à sucre avec un morceau de fromage s’apparentant à de la mozzarella) dans un des nombreux troquets qui se trouvent sur le bord de la route et m’élance pour le dernier quart de l’ascension. Le soleil qui m’accompagnait depuis l’aube s’est fait prendre la vedette par le brouillard qui m’accompagnera de nouveau jusqu’à la fin. Passé les 3000 mètres d’altitude, le corps ne répond plus de la même manière. Le manque d’oxygène rend les coups de pédale de plus en plus compliqués, les cuisses brûlent, les genoux commencent à grincer et le rictus de l’effort ne disparaît plus du visage. Heureusement de nombreuses voitures ou motos me doublant m’encouragent, reconnaissant l’effort qui est en train de se produire.  J’ai même le droit à des moments de gloire étant par parfois pris en photo par les automobilistes m’encourageant et  me disant « Vamos Nairo!!! » (en référence à Nairo Quintana, la star sportive du pays, ayant gagné el Giro d’italia il y’a deux ans et candidat au titre pour le Tour de France cette année).

 

Les derniers kilomètres dans une ambiance mystique agrémente cette ascension

 

Kilomètre 75, j’aperçois au loin le hameau de Letras qui représente la fin de cette interminable ascension. Une énième descente d’un demi kilomètre et s’en est reparti pour le dernier assaut de ce géant. Je n’ai pas de compteur sur mon vélo, mais ma vitesse sur ces derniers kilomètres doit avoisiner celle d’un piéton, je n’ai plus de jus. Ce n’est que l’excitation d’arriver enfin à bout de ce col et l’immense joie d’avoir réussi qui me permettent de me hisser jusqu’aux 3700 mètres d’altitude qui couronnent la fin de ce mythique col Colombien. Au sommet, petite déception, qui n’est que relative: aucun panneau annonçant la fin du col pour se prendre fièrement en photo avec sa monture,  comme il est de coutume dans les cols européens. Seule une affiche de propagande pour l’équipe cycliste de Nairo Quintana Movistar annonce l’arrivée. Tant pis, elle fera l’affaire.

 

Un peu déçu de n’avoir que cette photo pour souvenir du sommet… !

 

Le col, bien que très beau, est assez peu hospitalier, avec sa position ouverte aux vent d’Est et d’Ouest et sa haute altitude. Je ne fais donc pas de vieux os au sommet et peux  m’élancer avec grande joie et fierté sur l’autre versant le Cordillère Centrale, direction Manizales, pour profiter de 35 kilomètres de pure descente. Dans cette dernière, les souvenirs de cette montée défilent et ne me donnent qu’une envie: poursuivre l’aventure!

 

2 commentaires

Les Kiki

Nous mesurons ta performance car à cette altitude l’oxygène se raréfie, ce qui rend l’effort plus intense. Dans le récit nous ressentons la volonté de vaincre ce monstre andin et de faire partager ton ascension de ce col mythique pour les cyclistes. Bravo à toi

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