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L’ascension du Pic d’Eyne et du Cambre d’Aze par la vallée d’Eyne

Il est 7h10 du matin, ce 18 Juillet 2018 lorsque mon beau-père (Michel) et moi partons pour une randonnée de 18km environ, dans les Pyrénées Orientales en direction du Pic d’Eyne, depuis le village d’Eyne (à 2km de là).

Lac de Matemale

 

Alors que nous séjournons dans un chalet près du lac de Matemale depuis une dizaine de jours, de l’autre côté des Angles, avec plusieurs sorties sportives en famille (y compris ma fille de 3 mois – le coin se prête bien à des sorties avec un Ergo Baby par exemple), mon corps me réclame un peu d’exercice physique plus poussé qu’à l’accoutumée. Ce jour-là, nous ne sommes que 2 de sortie, les femmes ont fait le choix de rester au bord du lac pour la journée, après une ascension sportive du Carlit la veille, par l’arête pour 2 d’entre nous (vertigineux)!

Sommet Carlit

 

Michel me pousse à partir à l’aventure après 1h30 – 2h de marche ascendante ensemble (n’y voyez pas là un moyen de se débarrasser de son gendre!).

Rando

 

Je démarre sur une allure de trail classique et accélère progressivement jusqu’à atteindre le début de la montée, sous le col de Nuria. Le soleil est au rendez-vous, les conditions climatiques sont idéales pour avaler les kilomètres de la vallée verdoyante d’Eyne, où les rhododendrons semblent être en fin de floraison, et où chevaux et vaches s’alimentent à volonté dans cet espace presque infini. Epanouissement total!

Poulains

 

Après 1h de course, me voilà au col de Nuria à 2683m, en contre-bas du Pic d’Eyne. A cet endroit, aucune indication ne précise l’orientation à suivre pour le Pic (et devant l’excitation, je n’ai surement pas vu les cairns, trop discrets à ce carrefour). Je décide donc de prendre à droite, sur conseil peu assuré d’un autre coureur, mais aussi parce qu’un sentier y est clairement tracé. Je passe plusieurs cols et sommets (Pic de Nuria à 2794m, Puig de Fenestrelles à 2827m)  jusqu’à m’arrêter, prendre un véritable bol d’air à cette altitude, boire un coup et prendre quelques clichés insolites (non dévoilables en public !), pour repartir en sens inverse et normalement retrouver Michel au col.

Trail

 

Arrivé là-bas, je le retrouve effectivement, non sans mal, à l’abri d’un petit mur au ras du sol. Il revenait du Pic d’Eyne, et me glisse avec un sourire « tu es parti du mauvais côté, tu ne peux pas rentrer ce soir sans être monté au Pic ! Par la même occasion, vas jusqu’au Cambre d’Aze, tu auras largement le temps de faire l’aller-retour et me rattraper alors que j’aurai entamé la descente en marchant ».

Je pars aussitôt vers le Pic, et comme convenu une fois là-bas, à 2786m, je pousse en direction du Cambre d’Aze en passant par la tour d’Eyne à 2850m.

Pic d’Eyne

 

Il est 11h55 quand j’arrive au sommet, à 2800m, où je m’arrête un peu pour admirer le panorama à 360°, à la frontière montagneuse Franco-Espagnole. Une faim de loup me prend (chose qui m’arrive très rarement en plein effort), je me mets alors à table sur les rochers, là-haut, et me retarde encore un peu plus. Pendant ce temps, Michel est déjà sur le chemin du retour.

Cambre d’Aze

 

Une fois mon repas terminé, les forces reviennent, je repars alors à toute allure. Si vite, que je ne prends pas le même itinéraire que pour monter depuis le col. Je me retrouve sur un autre col, et lorsque je m’en aperçois, décide de passer hors sentier, pour revenir sur les bonnes traces, et par la même occasion photographier de magnifiques Isards à flanc de montagne. Ce site est une réserve naturelle, qui vaut vraiment le détour (marmottes, isards, vaches, chevaux…). Malheureusement, sur moi je n’avais qu’un téléphone portable, les photos sont donc de qualité moyenne, surtout à distance comme ici.

Isards

 

Je m’aperçois très vite que je ne suis pas descendu dans la bonne vallée, mais il est trop tard, plusieurs kilomètres hors sentier sont déjà parcourus, et vu l’heure, je ne remonte pas. Cette erreur me démoralise, mais je tente de garder mon sang froid. Je croise enfin, après 1h de descente en stress, un couple de randonneurs fort sympathique. Ils me confirment que ce n’est pas du tout le bon chemin, les 2 vallées sont perpendiculaires ! Mais beaucoup plus bas, je peux récupérer le GR10 sur ma gauche, afin d’arriver au village de Planès (et non d’Eyne). Me voilà partiellement rassuré.

Je suis donc leurs conseils. Je n’ai ni réseau, ni GPS, c’est une zone blanche. Je descends à vue jusqu’à récupérer un sentier, celui qui me mène jusqu’au GR10. En chemin je croise du bétail et des randonneurs, mais la vallée est particulièrement sauvage. Rien de rassurant, et on se sent très petit. Je trouve un cours d’eau (le torrent de la Valletta) et le suis, me disant qu’il me mènera forcément au bas de la vallée. C’est mon unique point de repère pendant un long moment.

Redescente vallée

 

Cette vallée, sur le retour, ne fait étrangement pas que descendre. Sur la dernière partie ascendante, je croise à nouveau un couple d’une cinquantaine d’année sur mon chemin, qui me rassurent et me parlent du village de Planès se trouvant alors à un peu plus de 5km. Ils se proposent également de m’aider dès mon arrivée au parking si je n’ai pas trouvé de solution d’ici là. Je l’ignore encore à ce moment, mais les 5km qui suivent vont s’avérer les plus durs et périlleux de ma sortie. Toujours injoignable à ce stade, j’entre rapidement dans un état d’hypoglycémie avancé. Quelque peu déshydraté, sous-alimenté et en manque de sucre, vaseux, nauséeux, et à bout de force, j’avance d’un pas très incertain en me posant beaucoup de questions. Je venais de recharger en eau dans le cours d’eau que je suivais, et me suis demandé si l’eau ne m’avait pas provoqué quelque chose. Pour toute cette partie de descente, je n’ai pas eu la force de prendre des photos !

Entre temps, j’ai pu prévenir Michel, il est au courant que je l’attends là-bas près d’un parking. Ce que j’ignore en l’attendant, c’est que lui aussi s’est un peu perdu sur la fin, il n’a plus de batterie sur son portable et ne retrouve plus la voiture garée dans un chemin non balisé et donc difficile d’accès ! Grace à son sens de l’orientation et à la construction d’une grosse usine dans le coin, il prend le risque de couper à travers champs pour raccourcir la fin du parcours après avoir rallongé de plusieurs kilomètres, et retrouve finalement la voiture. Des travaux de voirie l’empêchent ensuite d’emprunter l’itinéraire normal pour venir jusqu’à moi, mais il y parvient après diverses tentatives. Il me retrouve après de longues heures, allongé dans l’herbe, dans un état second, non loin du village de Planès.

Le retour au chalet est un soulagement pour tout le monde. Nous gardons un souvenir impérissable de cette sortie, tant par la beauté des paysages traversé, que par le caractère inédit de cette journée qui montre que la montagne est un endroit ou le hasard n’existe pas, il ne faut pas jouer avec elle, et prendre toutes ses précautions.

En dehors de cela, cette randonnée jusqu’au Pic d’Eyne et Cambre d’Aze, par la vallée d’Eyne, est à faire absolument. Misez sur une vingtaine de kilomètres, avec 1300D+ et autant de D-, c’est un A/R. Pour ma part, la sortie s’est transformée en plus de 30km, 2000m D+ et 2100m D-, et surtout une grosse frayeur!

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