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La nuit tous les chats sont gris…

Lundi 11 mai 2020, fin de journée, deux silhouettes se faufilent silencieusement dans les roseaux, à l’ouest le soleil décline lentement, dans quelques minutes l’astre jaune aura totalement disparu sous la ligne d’horizon. Une lune presque pleine a pris le relais et c’est sous cette douce lumière que nos deux protagonistes font doucement glisser un kayak dans l’eau. Il va falloir qu’ils soient discrets les gars, en effet, les informations Covid ne sont pas claires ou mal comprises peut-être ! (ou plutôt mal interprétées par certains…). Aujourd’hui c’est le premier jour du déconfinement et il semblerait que les activités nautiques ne soient pas vraiment autorisées. Tant pis, trop c’est trop et après 6 semaines de garde à vue, nos deux noctambules s’autorisent à prendre le large pour une sortie de trois jours ou plutôt de trois nuits (la nuit tous les gars sont gris, n’est-ce pas…) ils partent pour faire quelques zigzags entre mer méditerranée et étangs Palavasiens.



Dans la nuit, tout est silence, pas un bruit, pas de vent, pas une ride sur l’étang de l’Or. Leur première étape : rejoindre un mince cordon de sable qui sépare les étangs de la mer, ils y ont repéré une zone discrète et protégée des regards (dronés ! ). En quelques coups de pagaies, ils rejoignent rapidement le centre du plan d’eau. Au loin, les lumières de Carnon et de Pérols scintillent devant leur étrave, les pagaies posées sur le pont, ils restent ainsi de longues minutes à observer et à écouter, à cette heure tardive tout est différent.



Aucune activité aérienne, sur la droite l’aéroport Montpellier Méditerranée dort profondément. Ils prennent comme cap le pont de la voie rapide des plages. Le trafic routier est également en stand-by, nos deux compères franchissent les deux ponts sans qu’aucun véhicule ne passe au-dessus de leurs têtes, un vrai scénario de science-fiction. L’étang du Méjean les accueille avec en toile de fond la guirlande lumineuse des immeubles de Palavas. Ils traversent une première fois le canal pour une petite incursion visuelle, juste du bout du nez sur l’étang du Grec. En pleine période de reproduction, le bon sens (ils en ont encore un peu ces deux-là…) veut qu’ils reprennent tout de suite et immédiatement le canal du Rhône à Sète (circulez, il n’y a rien à voir…).



Le kayak file maintenant entre les deux digues rocheuses du canal (ce n’est pas la meilleure ambiance…) en moins de 20 minutes (costauds les garçons…) ils franchissent la zone commerciale et la route de Palavas, dans le lointain le pinpon d’une sirène d’ambulance fait pinpon (ça c’est normal…). Ce sera ensuite l’étang du Prevost, le contour de la fantomatique cathédrale de Maguelone, puis vers 5h du matin l’étang de Pierre Blanche et enfin le bivouac du jour. Une journée de plage qui sera rythmée par des périodes de repas, de sommeil, de repas, de lecture, encore de repas (ils ont faim nos deux gaillards…) En début d’après-midi ils auront la visite de deux promeneurs qui leurs confirment l’interdiction de naviguer (ah bon ! on ne savait pas…)



Deuxième nuit, la mer est exceptionnellement calme, un léger reste de houle qui les accompagnera pendant les premières heures. Ils en profiteront pour naviguer au large, sans dépasser la zone des deux milles nautiques réglementaires de la division 240/245 (parfois obéissants les gars…). Naviguer au large en kayak est déjà une expérience inoubliable, mais avec la nuit le sentiment d’être minuscule au milieu de nulle part est décuplé. Vers trois du matin, le vent se lève, prudents ils décident de rejoindre le littoral en trace directe, (ils n’auraient pas un peu la frousse nos deux gros malins…). Ils se font tout petits dans le fond du kayak et prennent discrètement le canal du Prevost pour rejoindre l’étang du même nom, traversent le canal et rejoignent l’étang de l’Arnel pour leur second bivouac du jour. RAS sur ce bivouac, ici tout est d’une tranquillité absolue (ils mangent, ils dorment et ils mangent encore…).



La troisième étape nocturne sera identique à la première, sur un tracé retour quasiment identique, avec en prime au petit matin des centaines de flamands roses (qu’ils ne mangent pas, évidemment…) Ils retrouvent leur point de départ au petit matin, après trois merveilleuses nuits d’une innocente navigation clandestine (presque à l’insu de leur plein gré) et à deux pas de la maison…



Elle n’est pas belle la vie ? 

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