C'est vous qui le dites ! Equateur

5897 pas plus proches des étoiles

Grimper plus haut que le Mont Blanc alors que je ne suis jamais montée à plus de 2000 mètres dans les Pyrénées… idée du siècle, bonjour !

Nous sommes en Equateur, et Pierre-Marie (dit Couli), mon adorable chéri et compagnon de voyage, a comme merveilleuse idée de grimper le Cotopaxi. Ce dernier est un volcan, et accessoirement le deuxième plus haut sommet du pays, qui culmine à 5897 mètres d’altitude (soit, pour information personnelle, 3 mètres plus haut que le Kilimanjaro). Je le suis dans cette folle aventure, tout en étant relativement sceptique quand au bon déroulement du projet…

Nous démarrons notre expédition (aux grandes idées, les grands mots) au parking à quelques centaines de mètres en dessous du gîte où on passera la nuit, et nous suivons le rythme d’Emilio, qui sera notre guide pour gravir le sommet.

Arrivés au refuge à 4864 mètres d’altitude, on réalise deux choses : nous sommes déjà plus haut que le Mont Blanc (4696 m)… et il fait aussi froid dedans que dehors !! Un délice… Heureusement, le succulent repas qui nous est servi nous réchauffe le corps et l’esprit : on fait le plein d’énergie et on a le moral à bloc pour notre ascension !!

 

Il est 20h, c’est l’heure d’aller dormir, ou plutôt de faire la sieste car nous nous réveillons trois heures plus tard pour nous équiper… le départ est prévu pour minuit !

Sur trois cordées (pour ce sommet, une cordée est composée de maximum deux personnes plus un guide), la nôtre est la première à partir. Nous sommes bien au chaud, dans nos pantalons aux couleurs de la mode des années 80, et nous suivons attentivement le pas d’Emilio. La première portion est un chemin en roche volcanique, et c’est vers 5000 mètres qu’il faut chausser les crampons. On se retrouve vite embarrassés avec notre matériel, Emilio comprend rapidement que l’on n’en a jamais chaussés (on s’apprête à marcher 6 heures avec, cherchez l’erreur…) et nous donne un coup de main. Nous sentons notre guide un peu agacé de cette situation, ce qui peut s’entendre étant donné qu’il s’apprête a traîner, sur plus de 800 mètres de dénivelé, deux alpinistes en herbe qui n’ont jamais mis les pieds sur un glacier… Pour couronner le tout, les crampons étant le seul matériel que l’on n’a pas vérifié à l’agence, Couli se retrouve avec deux pieds droits !! Ne sachant même pas qu’il y avait un pied droit et un pied gauche pour des crampons, la situation nous fait plutôt rire que paniquer. Emilio quant à lui, se demande vraiment quel genre de montagnards il a embarqués…

Sur les trois cordées, une fait « déjà » demi tour, nous sommes donc deux équipes à se lancer sur le glacier. Abominable homme des neiges d’Amérique du Sud, surveille tes arrières, on arrive ! Nous marchons à un rythme régulier, le reflet de la pleine lune sur la neige nous dispense d’utiliser nos frontales : les conditions de grimpe sont parfaites. Deux cents mètres plus haut, le ciel toujours dégagé au dessus de nous, nous apercevons un orage sur Quito, la capitale de l’Equateur, qui est à une centaine de kilomètres de nous. Ça parait irréel : les éclairs se dessinent devant nous, le spectacle est magnifique. Nous reprenons l’ascension et nous passons en mode « vrais professionnels » en se reliant tous les trois avec une corde. Vous vous doutez qu’étant donné qu’on a des crampons aux pieds, il est fortement déconseillé de marcher sur cette fameuse corde. On avait très bien compris l’information, sauf qu’on l’oubliait à peu près tous les quarts d’heure… au grand désespoir d’Emilio qui passera la nuit à nous répéter de ne pas poser les pieds sur cette foutue corde.

Au milieu du glacier, il fait tellement froid que tous nos doigts sont littéralement gelés (mains et pieds confondus). Le Cotopaxi devient un congélateur géant et nous sommes ses Mister freeze. Dans le même temps, Couli commence à ressentir des symptômes dû à l’altitude : maux de tête et crampes d’estomac. Ceux-ci n’étant pas trop prononcés, il garde ça pour lui et nous continuons d’avancer. Il reste environ deux heures d’ascension. On commence à bien fatiguer, et à sérieusement se demander pourquoi on s’inflige une telle épreuve. Mais l’appel du sommet est si fort qu’il n’est pas question de faire demi tour. On a  ralenti le rythme, la cordée qui nous suivait nous passe devant, mais on s’accroche ! La dernière demi-heure aura été la plus difficile de toute notre vie sportive. Physiquement, je suis à bout et le moindre pas me coûte plus que tout. Je m’arrête tous les deux mètres, affalée sur mon piolet pour récupérer, Emilio tire la corde pour me faire signe d’avancer, et je prends ça aussi comme un encouragement. Les symptômes de Couli s’intensifient, mais on est tellement près du but… Le jour se lève, on entend la première cordée hurler de joie en arrivant au sommet, nous comprenons qu’il ne nous reste plus que quelques mètres et les larmes commencent à monter. Je suffoque assez comme ça alors ce n’est vraiment pas le moment de pleurer. Mentalement et physiquement, on donne tout ce qu’il nous reste et on fini par atteindre le sommet. Nous sommes à 5897 mètres d’altitude, heureux d’être arrivés jusque là… et la vue est complètement bouchée par la brume matinale. Honnêtement, ça n’a aucune importance. L’émotion d’avoir réussi ce défi sportif est telle, que rien ne peut retenir les larmes de joie qui coulent sur nos joues glacées. On réalise à quel point le fait de se dépasser et d’y arriver peut apporter un bonheur vraiment immense et surtout très intense. On a réussi, on l’a fait.

 

Emilio est heureux de nous avoir amenés jusque là ! Tout le monde n’arrive pas jusqu’au sommet et clairement, je pense qu’il n’aurait pas parié sur nous !! En même temps, même moi je n’aurai pas parié sur nous le jour où on s’est présentés à l’agence pour se renseigner sur cette ascension !!

Nous profitons du sommet quelques minutes et il est déjà temps de repartir. En effet, on ne peut pas se permettre de descendre trop tard dans la matinée car le risque d’avalanche deviendrait plus important. On aimerait suggérer à Emilio de dévaler le volcan en « ventriglisse » comme des pingouins, mais on ne sait pas comment le dire en Espagnol. Blague à part, notre guide prend les devants et repart d’un bon pied. Cette fois ci c’est moi qui tire rapidement sur la corde pour lui faire  comprendre que ça ne va pas le faire ! C’est finalement Couli qui mènera le retour sur un rythme beaucoup plus raisonnable.

 

Le soleil s’est levé, le glacier qu’on traverse est splendide. Nous faisons une pause de quelques minutes pour récupérer, et j’en profite ni vu ni connu pour m’endormir. La narcolepsie (fait de s’endormir à un moment non adapté)  peut aussi être un des symptôme lié à l’altitude… concrètement, je suis en plein dedans !! De retour au refuge, un petit déjeuner nous attend. On dévorera nos tartines avec un appétit aussi grand que notre satisfaction d’avoir réussi cette ascension ! Finalement, grimper plus haut que le Mont Blanc alors que je n’étais jamais montée à plus de 2000 mètres dans les Pyrénées, c’était vraiment l’idée du siècle…!!!

4 commentaires

Paris

Que d’émotion en te lisant, tu écris tellement bien qu’on y est avec vous…
Merci pour ce partage vous êtes trop forts !! Quel courage

Réponse
Adeline

Wow super exploit
Ça donne envie même si je ne suis pas la meilleure randonneuse 😉

Super article

Réponse
delmas

Dire que je l’ai vu naitre et aujourd’hui elle gravit des sommets je te félicite tant pour tes exploits que pour tes écrits
bravo

Réponse
Benjamin Geneuvre

Salut les voyageurs, c’est un plaisir de vous lire ! Et de revivre un peu l’aventure Amérique du Sud au même moment.
Hâte de vous revoir un de ces jours !
Lo et Ben

Réponse

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *