Falaises, alpages, forêts, étendues calcaires et longues traversées loin des routes : les Hauts-Plateaux du Vercors donnent l’impression d’un vaste espace sauvage. Pourtant, ce territoire est aussi fréquenté, pâturé, étudié, réglementé et protégé.
Dans cet épisode du Grand Dehors, le podcast d’Aventure Nordique, je reçois Benoît Betton, conservateur de la Réserve Nnaturelle Nationale des Hauts-Plateaux du Vercors. Il nous aide à comprendre les enjeux auxquels ce territoire est confronté : changement climatique, évolution de la biodiversité, pastoralisme, fréquentation et pratique du bivouac.

La plus vaste réserve naturelle terrestre de France métropolitaine
Créée en 1985, la Réserve naturelle nationale des Hauts-Plateaux du Vercors couvre environ 17 000 hectares. Elle s’étend sur près de 30 kilomètres entre l’Isère et la Drôme et comprend notamment le mont Aiguille et une partie des contreforts du Glandasse.
Ce territoire se situe à la rencontre d’influences climatiques méditerranéennes, océaniques et continentales. Cette diversité explique la présence d’espèces animales et végétales parfois situées en limite de leur aire de répartition.
La réserve naturelle a pour mission de préserver les milieux, de suivre leur évolution, de développer les connaissances scientifiques et de sensibiliser les visiteurs. Son équipe assure également une mission de surveillance et de police de l’environnement lorsque la réglementation n’est pas respectée.
L’objectif n’est pas de placer les Hauts-Plateaux « sous cloche », mais de maintenir des écosystèmes fonctionnels tout en permettant au public de continuer à les découvrir.

Un territoire déjà transformé par le changement climatique
Sur les Hauts-Plateaux, le changement climatique est déjà mesurable. Benoît Betton évoque une augmentation de plus de deux degrés relevée en moins de vingt ans par les stations météorologiques de la réserve.
La répétition des sécheresses, la raréfaction de l’eau et l’évolution de la végétation pourraient profondément modifier les paysages. Certaines zones pourraient progressivement se boiser, tandis que d’autres risquent de devenir plus minérales lorsque la végétation ne parvient plus à protéger des sols déjà très peu épais.
Ces transformations touchent également la faune. Le lagopède alpin, adapté aux milieux froids, est particulièrement menacé. Suivie depuis la création de la réserve, sa population décline au point que sa disparition des Hauts-Plateaux est désormais envisagée. Le réchauffement climatique réduit son habitat favorable, tandis que la fréquentation des sommets et des itinéraires augmente les risques de dérangement.
Le retour du gypaète barbu offre une perspective plus encourageante. Le programme de réintroduction engagé dans le Vercors depuis 2010 a permis l’installation de couples reproducteurs sur les contreforts du Glandasse. Cette dynamique reste néanmoins fragile : quelques accidents, empoisonnements ou actes de braconnage peuvent suffire à remettre en cause des années de travail.
Pastoralisme et protection de la biodiversité
Les paysages actuels des Hauts-Plateaux ont aussi été façonnés par les activités humaines, notamment le pastoralisme et l’exploitation forestière.
Le pâturage contribue au maintien de certains milieux ouverts et de la biodiversité qui leur est associée. Mais dans un contexte de changement climatique rapide, ses effets doivent continuer à être étudiés.
L’enjeu n’est pas d’opposer éleveurs et protecteurs de la nature. Il s’agit de mesurer les interactions entre troupeaux, végétation, sols, eau et espèces sauvages afin d’adapter progressivement les pratiques.
Le prochain plan de gestion de la réserve devra notamment permettre de mieux comprendre la trajectoire prise par les Hauts-Plateaux : développement de la forêt, minéralisation de certains secteurs ou apparition de nouveaux écosystèmes.

Une fréquentation qui interroge
Les Hauts-Plateaux attirent des randonneurs, des pratiquants du bivouac, des photographes, des skieurs, des cavaliers et des cyclistes. Cette fréquentation permet de faire connaître le territoire, mais son augmentation inquiète les gestionnaires.
Les problèmes apparaissent lorsque les comportements individuels s’accumulent : déplacements hors sentier, multiplication des emplacements de bivouac, création de cairns, déchets, papiers toilette, dérangement de la faune, survol par des drones ou utilisation inadaptée des installations pastorales.
Pour Benoît Betton, fermer les Hauts-Plateaux au public constituerait un échec. La priorité reste donc la sensibilisation et la responsabilisation des visiteurs. Il évoque notamment la possibilité de former un réseau de bénévoles capables de transmettre les bons messages sur le terrain, sans se substituer aux gardes de la réserve.

Pourquoi les feux sont-ils interdits ?
Sur les Hauts-Plateaux du Vercors, les feux sont interdits toute l’année.
Cette règle ne répond pas uniquement au risque d’incendie. Les sols sont très peu épais et se sont formés sur des périodes extrêmement longues. Un foyer détruit la matière organique, les graines et les organismes présents dans les premiers centimètres du sol. La trace peut rester visible pendant plusieurs décennies.
Le caractère karstique du massif renforce également le danger. Les braises peuvent pénétrer dans des fissures et faire couver l’humus sous la surface. Le feu peut alors repartir plusieurs heures ou plusieurs jours plus tard, parfois à plusieurs mètres du foyer initial.
Le feu de camp reste associé à l’image du bivouac, mais il n’est ni nécessaire ni compatible avec la fragilité de ce territoire.

Préparer un bivouac responsable
Bivouaquer sur les Hauts-Plateaux demande davantage de préparation qu’une simple nuit sous la tente au camping.
Avant de partir, il est indispensable de vérifier la météo, la réglementation et l’état des sources. L’eau s’infiltre rapidement dans le sous-sol calcaire et une source indiquée sur une carte peut être tarie au moment du passage.
Sur place, quelques principes permettent de limiter son impact :
- installer son abri a proximité des refuges,
- ne pas déplacer de pierres,
- ne jamais allumer de feu,
- emporter tous ses déchets,
- rester discret,
- respecter les troupeaux et les chiens de protection,
- ne pas utiliser les impluviums destinés aux animaux,
- repartir sans laisser de trace visible – Leave no Trace !
La liberté de bivouaquer dépend aussi de notre capacité collective à respecter ces règles.

Liens utiles :
- Le site des Réserves Naturelles de France
- La Réserve Naturelle nationales des Hauts-Plateaux du Vercors
🎧 Voir et écouter le podcast avec Benoît Betton
Les Hauts-Plateaux du Vercors ne sont pas seulement un espace à traverser. Ils constituent un territoire complexe, fragile et en pleine évolution.
Dans cet épisode du Grand Dehors, Benoît Betton nous invite à mieux comprendre le rôle de la réserve naturelle, le travail de ses équipes et les conséquences de nos pratiques.
Nous pouvons continuer à y marcher, à bivouaquer et à nous émerveiller, à condition d’accepter que notre présence n’est jamais totalement neutre.
Écoutez l’épisode complet : « Réserve naturelle nationale des Hauts-Plateaux du Vercors : comprendre et préserver » sur YouTube, Spotify et les principales plateformes de podcast :
Soutenez le podcast outdoor !
- Abonnez-vous sur votre plateforme favorite.
- Activez les notifications afin d’être informé des derniers épisodes en ligne.
- Évaluez le podcast avec une note et laissez un avis.
Laisser un commentaire